Le Conseil économique et social européen (CESE) a accueilli, jeudi 5 septembre, une conférence portant notamment sur l’avenir du Partenariat oriental, dans le cadre de la consultation lancée en mai par la Commission européenne et qui prendra fin le 31 octobre prochain.
L’objectif est l’adoption d’un nouvel agenda du Partenariat lors du prochain sommet, qui devrait se tenir en 2020.
Tout en soulignant les succès du Partenariat, qui fête cette année ses 10 ans, les intervenants ont mis l’accent sur les changements à apporter pour la prochaine décennie. « En dix ans, on a fait beaucoup de choses, mais il reste beaucoup à faire », a résumé M. Jeroen Willems, de la DG NEAR de la Commission européenne.
Ainsi, pour Indrė Vareikytė, rapporteur de l’avis du CESE sur les 10 ans du Partenariat oriental, le partenariat doit se faire « avec des partenaires et pas des bénéficiaires d’aide ».
Radosław Darski, chef adjoint de la Division ‘Partenariat oriental’ du Service européen pour l’action extérieure, a expliqué qu’il y avait encore des lacunes à combler, notamment concernant les réformes ou la coopération avec les pays partenaires dans la lutte contre la corruption, « moins efficace que ce que nous aurions pensé ». Il a aussi mis en avant les défis concernant l’indépendance du système judiciaire ou l’oligarchie.
Pour M. Willems, le Partenariat pourrait soutenir davantage la croissance économique. Il y a encore un grand potentiel inexploité dans les accords d’association et les zones de libre-échange complet et approfondi, a-t-il estimé. Et pour les autres pays, qui ne cherchent pas de tarifs préférentiels ou un accès spécifique à l’UE, un rapprochement des réglementations et le démantèlement des obstacles non tarifaires pourraient être envisagés, a expliqué Dmitry Yarmoliuk, chef adjoint du Département de la coopération européenne au ministère des Affaires étrangères de Biélorussie. La coopération sectorielle pourrait aussi être renforcée.
La coopération entre administrations et institutions pourrait également être renforcée. « Nous travaillons à un 'concept job shadowing' (observation au poste de travail pour responsables) », sorte d'Erasmus pour diplomates, a annoncé M. Willems, expliquant que des fonctionnaires des pays du Partenariat oriental passeraient du temps dans l’UE ou dans d’autres pays du Partenariat. L’ambassadeur extraordinaire pour le Partenariat oriental au ministère des Affaires étrangères de Lituanie, Jonas Daniliauskas, a appelé à une meilleure intégration des pays partenaires dans les institutions européennes, sous la forme d'une participation au Conseil ou encore la création d’un secrétaire du Partenariat, « afin de mieux encadrer la mise en œuvre du processus », ou d’un Conseil de coopération régionale.
Selon M. Willems, il est aussi important de faire davantage de coopération entre les partenaires. Le journaliste de Radio Free Europe, Rikard Jozwiak, a donc proposé une zone de libre-échange entre l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie. La mise en œuvre d’organisations régionales en dehors du Partenariat oriental, tels le Conseil baltique ou le groupe de Visegrad, a aussi été avancée.
Enfin, si M. Darski a plaidé pour le maintien de l’équilibre entre « inclusivité et différenciation » entre les six pays partenaires, M. Jozwiak, a estimé qu’il était temps de mettre fin au Partenariat oriental, « victime de son succès ». Si, selon lui, il y a dix ans, il était peut-être naturel de rassembler les six pays dans un club, il est temps de sortir de ce club « post-soviétique ». Il a appelé à établir un distinguo entre les six pays, avec, d’un côté, ceux pour qui le Partenariat oriental est devenu un cadre trop étroit : Moldavie, Géorgie et Ukraine – qui bénéficient d’une libéralisation des visas et d’un accord d’association avec une zone de libre-échange complet et approfondi, et les trois autres, Arménie, Biélorussie et Azerbaïdjan, plus à la traîne. (Camille-Cerise Gessant)