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Bulletin Quotidien Europe N° 12302
POLITIQUES SECTORIELLES / DÉveloppement durable

La Commission présente un cadre d'action pour intensifier la lutte contre la déforestation mondiale

Pour permettre à l'UE de lutter plus efficacement contre la déforestation mondiale, la Commission européenne a présenté, mardi 23 juillet, un nouveau cadre d'action s'attaquant tant à l'offre qu'à la demande d'une ressource qui s'épuise et ouvrant potentiellement la voie à des mesures législatives.

L'objectif est double : protéger la couverture forestière actuelle, en particulier la forêt primaire, et accroître la couverture forestière mondiale, dans l'intérêt des moyens de subsistance d'un quart de la population mondiale, de la biodiversité et de la lutte contre le changement climatique.

« L'UE représente 10% de la consommation finale de produits associés à la déforestation », a souligné Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission. Il s'est dit « sûr que la lutte contre la déforestation sera dans le 'Green Deal européen' » promis par la future présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans les 100 jours.

Il s'agira d'agir sur la demande européenne pour réduire l'empreinte carbone en étant sûr que les produits importés dans l'UE proviennent de pays qui ne détruisent pas la forêt. La Commission reconnaît qu'il pourrait être utile de légiférer pour rompre le lien entre la déforestation et la consommation européenne, s'agissant notamment de produits de base comme le soja, l'huile de palme, le bœuf, le café et le cacao. « Nous allons lancer les travaux préparatoires pouvant aboutir à une législation. Mais nous ne réussirons pas tous seuls », a expliqué M. Timmermans. D'où l'approche fondée sur un partenariat avec tous les pays concernés. 

Le plan d'action s'articule autour de cinq priorités : - réduire l'empreinte de la consommation de l'UE sur les terres et encourager la consommation de produits issus de chaînes d'approvisionnement exemptes de déforestation dans l'UE ; - travailler en partenariat avec les pays producteurs pour réduire les pressions sur les forêts et pour garantir que la coopération au développement de l'UE soit 'à l'épreuve de la déforestation' ; - renforcer la coopération internationale pour mettre fin au déboisement et à la dégradation des forêts et encourager la restauration des forêts ; réorienter/canaliser les financements publics et privés pour soutenir des pratiques d'utilisation des terres plus durables ; - soutenir la disponibilité, la qualité et l'accès à l'information sur les forêts et les chaînes d'approvisionnement en produits de base et soutenir la recherche et l'innovation.

La Commission annonce le lancement d'une « plateforme multipartite sur la déforestation, la dégradation des forêts et la production forestière » pour examiner de nouvelles actions afin de réduire la consommation de l'UE et d'encourager l'utilisation de produits issus de chaînes d'approvisionnement exemptes de déforestation et la mise en place d'un observatoire de la déforestation au niveau mondial, véritable réservoir de connaissances.

Interrogations sur l'accord commercial avec le Mercosur. La Commission est prête à envisager des normes pour la certification des produits, « ce qui aura un impact sur les échanges commerciaux », a indiqué le commissaire Jyrki Katainen. Interrogé sur la cohérence entre ce cadre d'action et l'accord commercial UE/Mercosur, il a assuré qu'« il n'y aura pas de compromis de notre part ». 

Face aux députés de la commission de l'environnement du PE, le ministre finlandais de l'Agriculture et des Forêts, Jari Leppä, avait souligné, lundi 22 juillet, l'importance de « veiller à ce que les principes de développement durable intégrés dans l'accord soient bien respectés ». Sceptique, Yannick Jadot (Verts/ALE, français) lui avait rétorqué : « le chapitre développement durable ne résout rien. Il n'y a pas de sanctions. Il n'y a pas un seul accord commercial conclu par l'UE dans lequel ce chapitre a été mis en œuvre. Au Brésil la déforestation s'est accélérée avec Bolsonaro ».

Christiane Schaldemose (S&D, danoise) a demandé si le ministre était favorable à une législation contraignante en matière de chaîne d'approvisionnement agricole et forestier. Il n'a pas répondu, mais a affirmé que la Présidence finlandaise « veut des progrès pour rendre les partenaires commerciaux de l'UE plus vertueux ». 

Les ONG veulent des mesures législatives. Le plan d'action reconnaît, certes, la responsabilité de l'Europe dans la déforestation mondiale, mais « l'accès à de nouveaux marchés pour une poignée de multinationales ne peut l'emporter sur le coût écologique, climatique et humain d'accords commerciaux comme l'accord UE-Mercosur », souligne Greenpeace. L'ONG appelle la prochaine Commission à légiférer urgemment. « Nous avons désespérément besoin de nouvelles lois qui obligent les entreprises à démontrer que les produits qu'elles mettent sur le marché européen ne sont pas entachés de déforestation ou de violations des droits de l'homme », renchérit l'ONG Fern. (Aminata Niang)

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