Les ministres de la Défense des pays de l’OTAN devraient discuter, mercredi 26 juin, lors de leur réunion à Bruxelles, des réponses à donner à la Russie, si celle-ci ne se conforme pas, avant la date limite du 2 août, au traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI ou INF en anglais).
La Russie a jusqu'au 2 août pour détruire de manière vérifiable ses missiles SSC-8, qui violent le Traité, a rappelé, devant la presse, le secrétaire général de l’OTAN, mardi 25.
Ce jeudi, « nous déciderons donc des prochaines étapes de l'OTAN, au cas où la Russie ne s'y conformerait pas. Notre réponse sera défensive, mesurée et coordonnée. Nous ne reflétons pas ce que fait la Russie. Nous n'avons pas l'intention de déployer de nouveaux missiles nucléaires terrestres en Europe », a annoncé le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Tout en prévenant que l’alliance ne voulait pas de nouvelle course aux armements, le secrétaire général a expliqué qu’alors que la Russie déploie de nouveaux missiles, l’Alliance doit veiller à ce que sa dissuasion et la défense des pays membres restent crédibles et efficaces.
Cependant, selon une source diplomatique, aucune contre-mesure ne devrait être formellement approuvée. « Je pense que nous n'en sommes pas encore à adopter des contre-mesures, nous sommes au stade où le traité est encore en vie et où le message est de dire à la Russie de se mettre en conformité », a souligné cette source. « On n’est pas au stade ou nous allons commencer à étaler les moyens », a-t-elle précisé.
Toutefois, si l'objectif des Alliés est d'amener la Russie à se conformer au Traité, « malheureusement, rien n'indique que la Russie ait l'intention de le faire. En fait, elle continue de mettre au point et de mettre en service les nouveaux missiles », a regretté M. Stoltenberg.
La question du FNI devrait également être abordée lors d’un Conseil OTAN-Russie qui pourrait se tenir la semaine prochaine. Selon l’ambassadrice américaine auprès de l’Alliance, Kay Bailey Hutchison, la réunion pourrait avoir lieu vendredi 5 juillet.
Lors d’un dîner, auquel participeront aussi les ministres suédois et finlandais et la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, les alliés discuteront des avancées technologiques. « L'efficacité de la dissuasion et de la défense passe aussi par le maintien d'une longueur d'avance sur la courbe technologique, y compris l'intelligence artificielle, l'informatique quantique et les communications de la prochaine génération », a expliqué M. Stoltenberg.
Les ministres devraient donc discuter de la manière d’utiliser le processus de planification de la défense de l'OTAN afin de s'assurer que les Alliés investissent dans les nouvelles technologies et de la façon dont le développement des capacités interarmées peut donner accès à des capacités de pointe auxquelles les Alliés n'auraient pas accès seuls, comme les drones et les avions de surveillance de la prochaine génération. Enfin, les Alliés pourraient se pencher sur l’établissement de normes, par l’OTAN, pour faire en sorte que ses forces puissent opérer ensemble de manière transparente. « Nous mettons également à jour nos lignes directrices en matière d'infrastructure résiliente, y compris les télécommunications », a annoncé le secrétaire général. Selon lui, ces technologies modernes pourraient être « un domaine prometteur pour la coopération future entre l’OTAN et l’UE ».
Jeudi matin, les ministres reviendront sur le partage du fardeau – sujet cher aux Américains. « L'augmentation réelle (des dépenses) pour 2019 est de 3,9% pour les Alliés européens et le Canada », a salué le secrétaire général, ajoutant qu’il s’agissait de la 5e année consécutive de hausse des dépenses en matière de défense. Cette année, huit alliés devraient consacrer au moins 2% de leur PIB à la défense : Estonie, Grèce, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni et États-Unis. À l’inverse, le Luxembourg, la Belgique ou l’Espagne restent à moins de 1%. L’objectif de l’Alliance est que tous ses membres atteignent les 2% en 2024. Les ministres discuteront aussi de la défense et la dissuasion.
Par ailleurs, ils approuveront également la toute première politique spatiale de l'OTAN. Il s’agira d’un cadre politique sur la manière dont l'OTAN devrait faire face aux possibilités et aux défis dans l'espace, pour la sécurité et les opérations de l'Alliance, selon Jens Stoltenberg. « L'OTAN peut servir de forum clé, réunir les Alliés pour partager les capacités et les informations », a-t-il expliqué. Mais il ne s’agira pas de faire de l’espace un domaine d’action de l’OTAN, a précisé une source.
Enfin, les Alliés discuteront du soutien de l’Alliance en Afghanistan et une réunion de la Coalition mondiale pour vaincre Daech viendra clore la journée.
Par ailleurs, le nouveau secrétaire d’État américain à la Défense par intérim, Mark T. Esper, pourrait informer ses homologues à propos de l’Iran. Le sujet n’est toutefois pas officiellement à l’ordre du jour de la réunion ministérielle. (Camille-Cerise Gessant)