Le débat sur les conséquences, pour l'UE, des investissements chinois en Afrique, qui a eu lieu le 24 juin à l'institut Bruegel, a mis en exergue une stratégie et des investissements chinois très distincts de ceux des Européens. Pour Pékin, qui a entamé un exercice de révision de son modèle économique, l'Afrique a les atouts pour compenser ses faiblesses. Elle y a aussi investi, plus que l'UE, pour combler la fracture numérique.
D’après Solange Chatelard, chercheuse associée à l’ULB, Pékin est confrontée à la crise du succès chinois : ce qui fit son succès dans les années 80 devient à présent sa faiblesse. Elle continue à être surcapacitaire, mais le volume de sa force de travail se contracte à cause du vieillissement de sa population et de son coût plus élevé. Sa balance structurelle est déséquilibrée, ses ressources énergétiques et en matières premières sont limitées. Elle cherche donc à recentrer sa politique industrielle pour devenir un leader technologique - le plan « China 2025 », ce qui exige de profondes réformes et le recentrage de son économie sur sa consommation interne. Le changement de son « business model » implique donc de déplacer sa base industrielle vers des pays africains qui possèdent ces atouts qui lui font de plus en plus défaut, a expliqué Mme Chatelard.
L'Afrique reçoit toujours peu d'investissements directs étrangers (IDE) par rapport aux autres régions émergentes et malgré ses besoins, a souligné Alicia Garcia-Herrero, chercheuse à Bruegel. La Chine y investit plus que d’autres régions du monde ; néanmoins, l’UE reste, de loin, le plus important investisseur en Afrique, a-t-elle aussi souligné.
Ces investissements ne sont, par ailleurs, pas plus générateurs d’emplois. Cependant, l’influence que Pékin y a gagnée, au regard de ces chiffres, est remarquable, a-t-elle ajouté.
Les investissements chinois divergent de ceux de l'UE, qui reste largement en tête pour les projets d’investissements sur sites vierges, alors que les fonds chinois se concentrent dans les fusions et acquisitions, principalement sur le secteur énergétique. Les projets d'investissements chinois entièrement nouveaux se concentrent principalement sur l’immobilier, alors que son financement de projets se concentre sur les secteurs de transports et de l’énergie.
Plusieurs intervenants ont également souligné le rôle clé de Pékin pour combler la fracture numérique en Afrique, ce secteur crucial où l'UE brille par son absence. (Hermine Donceel)