L’importance de financer la mise en place des infrastructures qui font cruellement défaut à l’Afrique en tablant sur les partenariats publics/privés et de créer un climat favorable à l’investissement pour aider ce continent à créer des entreprises, de la croissance durable et de l’emploi a été soulignée, mercredi 9 janvier, lors du 'Sommet sur l’Afrique' - une conférence organisée par le groupe des conservateurs (groupe CRE) au Parlement européen.
Ce sujet a été abordé lors d’un panel dédié à la création d’entreprises et d'infrastructures, présidé par l’eurodéputé allemand Arne Gericke. Ce thème fut également à l'honneur lors du Forum de haut niveau Afrique/Europe de Vienne sur l'économie numérique, en décembre (EUROPE 12162).
Le ministre des Finances, du Développement et de la Planification du Libéria, Samuel D. Tweah, a souligné que le déficit d’infrastructures en Afrique était dû au modèle de développement choisi ces dernières décennies et qu’il convenait de changer de vision. « Ces dernières années, c’est dans les télécommunications que les plus grands progrès ont été accomplis, c’est une opportunité. Nous allons compenser le déficit en infrastructures physiques par les télécommunications. Tous les autres problèmes, les entreprises pourront les résoudre, mais pas l’absence d’électricité ou de routes », a-t-il dit.
Indiquant que le nouveau plan de développement de son pays met l'accent sur l'électricité et le réseau routier, il a dit la volonté de son gouvernement d'attirer les investissements privés.
« S’il est important d’investir dans le social, la santé, il faut des résultats et que les infrastructures suivent. » Pour régler le problème du manque d’infrastructures, la Banque mondiale chiffre à 95 milliards de dollars par an les besoins en investissements, la Banque africaine de développement à quelque 150-170 milliards. « Le secteur privé n'y arrivera pas tout seul. Il faut des partenariats public/privé (PPP). Le plan d'investissement européen, qui prévoit 1,3 milliard pour cela est un excellent départ », a-t-il estimé.
Faciliter la création d'entreprises par des plates-formes en ligne, par l'allègement du fardeau administratif et la mise en place d'un cadre juridique, est une autre priorité que ce ministre a mise en exergue en espérant pouvoir compter sur le concours du plan d'investissement extérieur de l'UE.
Anusha Rahman Ahmad Khan, ancienne ministre fédérale de l’Information, de la Technologie et des Télécommunications du Pakistan, s'est fait le chantre de l'investissement dans le haut débit. Dans son pays, le taux de pénétration du haut débit est passé de moins de 3 % à plus de 45 % en moins de trois ans, quand elle était ministre. « La Banque mondiale indique que, si 10 % de la population a le haut débit, cela crée 1,2 % de taux de croissance », a-t-elle rappelé. Elle a suggéré que soit répliquée en Afrique l'éducation à l'informatique des filles par un programme de formation au codage et au 'cloud computing'. « En un an, 150 000 filles formées pouvaient gagner entre 100 et 300 euros par an en travaillant chez elles. Leurs parents ont compris que les filles allaient gagner plus qu'eux et gagner leur vie. » C'est, selon elle, un atout pour lutter contre les mariages précoces. « Il faut un programme de compétence numérique pour l'Afrique, un programme d'apprentissage en ligne », a-t-elle dit. Anna Masłoń-Oracz, professeur à la Faculté d’économie de Varsovie, a estimé que les modèles commerciaux inclusifs réunissant entreprises et ONG et une Afrique plus connectée sont une solution pour l'Afrique. (Aminata Niang)