Les ministres européens des Affaires étrangères ont exprimé, lundi 19 novembre à Bruxelles, la volonté de l'UE de contribuer à une solution politique durable au Yémen, pour mettre un terme à trois ans de guerre, et de poursuivre l'effort humanitaire vital aux populations, sous l'égide des Nations Unies.
Le sujet a été débattu lors du déjeuner, à l'heure où les préoccupations de l'UE sont grandes face à la pire crise humanitaire au monde en cours.
La communauté internationale fait cependant également preuve d’un regain d’optimisme, estimant qu’une fenêtre d'opportunité s’était peut-être ouverte ces derniers jours. Derniers exemples en date, l'appel lancé par un responsable houthi à la suspension des opérations militaires pour favoriser les efforts de l'envoyé spécial des Nations Unies au Yémen, Martin Griffith, en faveur d'une relance à Stockholm (Suède) des consultations politiques entre parties au conflit et l'annonce de la participation du gouvernement yéménite aux négociations de paix.
« L’UE travaille pleinement pour aider à atteindre la consolidation de mesures de désescalade, un cessez-le-feu et le début de négociations politiques substantielles, dans les prochaines semaines », a résumé la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, devant la presse. Elle a précisé que les ministres avaient discuté du soutien politique supplémentaire que l’UE pourrait apporter à M. Griffith pour la reprise des négociations politique, sans donner plus de détails.
À son arrivée au Conseil, la ministre autrichienne, Karin Kneissl, avait estimé que « l'UE devait apporter une contribution politique afin de parvenir à un cessez-le-feu au Yémen ». « Il faut maintenant faire pression auprès des différents interlocuteurs, que ce soit les Saoudiens, les Émiratis ou les Iraniens, qui peuvent passer des messages aux houthis, pour que les réunions prévues début décembre puissent se tenir et que l’on puisse enfin avoir un peu de sérénité dans ce drame humanitaire, dans cette guerre à la fois civile et régionale », avait souligné le ministre français, Jean-Yves Le Drian.
Selon Mme Mogherini, l’UE peut d’ailleurs contribuer à la désescalade des tensions, citant, par exemple, les discussions menées par l’Italie, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni avec l’Iran sur la question yéménite, qui auraient aidé à une amélioration de la situation dans le pays.
Silence sur les armes. Le soutien à la paix ne passe cependant pas, pour les Européens, par l’adoption d’un embargo sur les armes à l'encontre de l’Arabie saoudite. Si Mme Kneissl s’est dite « convaincue que l'arrêt de l'approvisionnement en matériel de guerre est essentiel pour mettre fin à la guerre au Yémen », Mme Mogherini a expliqué que la question de l’embargo n’avait pas été abordée. « Pour le moment, on reste sur la base de décisions nationales, ce n’est pas discuté au niveau européen », a-t-elle expliqué, rappelant que chaque État membre avait des politiques spécifiques concernant la vente d’armes.
Un accès humanitaire crucial. Du potentiel cessez-le-feu dépendra grandement la possibilité d'acheminer massivement de l'aide humanitaire aux victimes dans le pays où 22 millions de personnes, sur une population totale de 29 millions, ont besoin d’assistance pour survivre et 13 millions sont en situation de pré-famine (EUROPE 12136).
« Il ne faut pas oublier que l’UE reste le principal donateur. Nous sommes très préoccupés par l’évolution de la situation sur le terrain. Nous continuons d’agir avec les Nations Unies pour que l'accès humanitaire soit garanti et que les besoins humanitaires soient satisfaits », a déclaré Mme Mogherini.
L'ONU prépare un plan d'aide humanitaire d'urgence pour approvisionner en nourriture, médicaments et autres produits de première nécessité pour quelque 14 millions de personnes chaque mois.
Parlant de situation humanitaire « dramatique », la ministre autrichienne a estimé qu'il y avait « une dynamique » pour sortir de la guerre « la tête haute » et a souligné l'importance de « fournir une aide humanitaire et de l'accompagner par une solution politique ». (Aminata Niang et Camille-Cerise Gessant)