*** PHILIPPE HERZOG : D’une révolution à l’autre. Mémoires. Editions du Rocher (Groupe Elidia, 28 rue Comte Félix Gastaldi, BP 521, 98015 Monaco. Tél. : (33-377) 99996717 – Internet : http://www.editionsdurocher.fr ). 2018, 393 p., 21,90 €. ISBN 978-2-268-10095-1.
Belle personne et esprit indépendant, l’ancien député européen Philippe Herzog propose, dans ces pages, « une mémoire du passé originale qui donne à voir le présent autrement ». La démarche est fructueuse en ce que cet intellectuel engagé en politique a, envers et contre tout, tenu à jouer « un rôle dans un collectif avec un statut de singulier », ce qui l’a amené à préférer la fidélité à ses idées au confort des appartenances. C’est ainsi que, polytechnicien et professeur de sciences économiques à l’université de Nanterre, il a adhéré au parti communiste français, soit « un parti qui s’engageait dans la voie d’une transformation pacifique de la société française » et qui, par conséquent, entrait en résonance avec sa volonté d’amener les citoyens français à s’impliquer pour bâtir un pays qui leur convienne ; il le quittera en 1996, honteux aujourd’hui d’avoir couvert par son silence les crimes du bolchévisme…
Herzog quitte aussi le PCF parce que les idées européennes du député européen qu’il est devenu en 1992 dérangent un parti qui, à l’instar de la France entière, éprouve de nettes réticences par rapport au projet européen. Or, pour lui, « l’Europe est LE projet politique de notre temps » et il n’est pas question de baisser pavillon sur ce point. Le PCF aura l’élégance de lui permettre de continuer à siéger au Parlement européen, ce qui lui permettra de devenir une référence parmi les parlementaires européens.
Avec ses Mémoires, c’est une conscience de l’Europe qui s’exprime. Ami de Michel Rocard (et, un temps, conseiller de Michel Barnier, ce qui a dû amener certains de ses compagnons communistes à juger que sa démission était décidément opportune…), l’auteur a désormais une liberté de penser et de s’exprimer qui rend son livre indispensable pour ceux qui ne se résignent pas à l’idée de voir l’Europe et la démocratie s’étioler. A ses yeux, les crises dont celles-ci souffrent sont liées : « Ravalée à n’être que technocratique alors que ses fondateurs voulaient en faire une œuvre de civilisation, l’Union européenne sert de bouc émissaire à nos propres maux », assène-t-il, ce qui est parfaitement normal à ses yeux puisque l’Union actuelle se défausse à l’heure actuelle « en abusant de règles et d’objectifs qui ne font pas sens pour les citoyens, ce qui contribue aussi à aggraver la crise des démocraties nationales ».
La révolution à laquelle il convie aujourd’hui vise donc à permettre que, en Europe et dans ses Etats, la démocratie représentative perde une suffisance à ses yeux déplacée et que puisse émerger une société civile européenne participant pleinement aux affaires de la Cité européenne. A un Etat fédéral, il préfère « un système hybride, beaucoup plus attentif à la diversité des nations et beaucoup plus assis sur l’initiative des acteurs économiques, sociaux, culturels pro-européens, qui ne sont jamais sollicités aujourd’hui alors qu’ils sont le vivier et l’espoir d’un renouveau ! » Sans doute cet esprit libre sera-t-il jugé trop libre par tous ceux qui, fort nombreux dans les cénacles où se (dé)fait l’Europe, s’accommodent du retour en grâce des nationalismes. Sans doute aussi certaines réformes qu’il préconise seront-elles jugées déplacées par ceux qui restent attachés au projet européen. Il n’en demeure pas moins que tout, dans ces Mémoires, fait utilement réfléchir !
Michel Theys
*** L’état de la démocratie. La 96e Semaine sociale du Mouvement ouvrier chrétien. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5386996 – Courriel : info@politique.eu.org – Internet : http://www.revuepolitique.org ). Collection « Politique », n° 2. 2018, 101 p., 8 €.
A peu près partout dans le monde où elle a droit de cité, la démocratie est malade, suscitant le désenchantement croissant de citoyens de plus en plus nombreux. La complexité du monde ouvre l’espace de la décision à des technocrates non élus ou à des dirigeants politiques présentés comme tels (à l’instar, aux yeux de certains, des commissaires européens…) tandis que, en contrepoint, les populismes font dans le simplisme et la démagogie. Partout également, l’interaction avec la société civile organisée (qui est l’exact contraire de l’opinion publique !) se révèle grippée. Rendant compte de la 96ème Semaine sociale à avoir été organisée par un mouvement social réunissant des chrétiens de gauche en Belgique, cette publication fait utilement le point sur ce mal être démocratique et sur les pathologies qui en sont la cause. Le regard est focalisé sur la situation en Belgique, mais les thèmes abordés sont sans frontières puisqu’il est notamment question de réinventer la citoyenneté sociale, d’éclairer la relation entre le décideur, l’expert et le citoyen, d’envisager la démocratie face aux populismes, de voir si le complotisme est une maladie ou un symptôme, de comprendre le pouvoir des algorithmes, de confronter participation et pouvoir, de jauger la désobéissance civile et la démocratie radicale, le tout conduisant à observer en conclusion « une démocratie et un Etat de droit fragilisés ». (PBo)
*** SOTIRIS DALLIS (sous la dir. de) : L’intégration européenne, la Grèce et le monde. 60 ans depuis les traités de Rome de 1957-2017. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2018, 522 p., 24,38 €. ISBN 978-960-02-3386-5.
Ces dernières années, les dirigeants européens semblent ne pas avoir écouté attentivement ce que les citoyens ont essayé de dire. D’où l’évident désenchantement citoyen actuel, voire la colère que suscite l’Union européenne. La question est aujourd'hui, pour celle-ci, de savoir si elle pourra relever les défis du 21ème siècle, avec un nouvel agenda international et des relations transatlantiques en plein bouleversement. Toutefois, comme l’intégration européenne l’a prouvé jusqu'à présent, c’est lorsqu’elle est acculée que l'Union européenne réaffirme sa valeur et retrouve sa capacité à relever les défis de l'histoire. En sera-t-il de même cette fois ? C’est à cette question que répondent les quelque quarante auteurs réunis dans ces pages, tous membres du corps académique, journalistes, spécialistes des questions européennes hommes politiques, journalistes, spécialistes sur les questions européennes ou responsables politiques de premier plan (entre autres Jean-Claude Junker, Guy Verhofstadt, Jacques Delors, Barak Obama…). Sous la direction du Pr. Sotiris Dallis qui enseigne les relations internationales et les études méditerranéennes à l'Université d'Egée, tous font valoir que nous sommes appelés à défendre les liens historiques, sociaux et politiques noués depuis la Déclaration Schuman face à une idéologie obscure qui offense ce que l'Europe a réalisé depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous devons croire, plus que jamais, que l'unité est une lutte et montrer que nous sommes déterminés à la poursuivre, en respectant l’esprit qui imprégnait le préambule du traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier, au début des années 50. En clair, lance ce message à voix multiples, nous devrions continuer – ou, plutôt, recommencer… – à voir l'unification européenne comme une utopie positive et bâtir la nouvelle solidarité européenne en veillant à ce que les intérêts nationaux ne camouflent plus l’intérêt commun, bien plus important. Un message discordant par les temps qui courent, mais qui fait du bien ! (AKa)
*** PANAYIOTIS IOAKEIMIDIS : Grèce-Union européenne : trois erreurs et cinq mythes. Une nouvelle interprétation de la crise économique grecque. Editions Themelio (84 rue Solonos, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3608180 – fax : 36112092 – Courriel : info@themelio-ekdoseis.gr – Internet : http://www.themelio-ekdoseis.gr ). 2018, 158 p., 11,66 €. ISBN 978-960-310-399-8.
Cette brève étude est le fruit d'une nouvelle approche pour identifier et interpréter toutes les raisons pouvant expliquer la crise qui a frappé la Grèce, ainsi que l’incapacité de celle-ci en tant qu'Etat membre de l'Union européenne d'introduire les réformes et ajustements requis par cette appartenance. Professeur de relations internationales à l’Université d’Athènes dont il dirige le Centre de recherches des études européennes, Panayiotis Ioakeimidis identifie trois erreurs de base et cinq mythes qui ont fonctionné comme les principaux obstacles à l’indispensable processus d'adaptation et qui, s’ils ne sont pas surmontés, condamneront la Grèce à rester un Etat membre défaillant. Les trois fautes qu’il discerne sont le fait que : i) la Grèce serait « par définition l’Europe » ; ii) l’Europe est perçue comme substitut aux « forces protectrices » ; iii) la Grèce serait à considérer comme un « cas particulier », l’auteur analysant chaque faute commise à ce titre. Viennent ensuite les cinq mythes : a) l’Union européenne serait néolibérale ; b) l'Europe n'est pas solidaire ; c) l'Union a bénéficié davantage de l'adhésion de la Grèce que l’inverse ; d) l'Allemagne domine l'Europe ; e) ce n'est pas l'Europe que veulent les Grecs. Après avoir analysé de manière critique les arguments censés étayer ces mythes, l’auteur s’emploie à discerner quelles pourraient les perspectives et l'avenir de la Grèce au sein de l’Union. Des annexes font utilement le point sur les aspects économiques de la crise économique et sur les atouts de la Grèce, des références aux traités de l'Union et une vaste bibliographie enrichissant encore l’ouvrage. (AKa)