Le président français, Emmanuel Macron, a exhorté les autorités allemandes à s'engager pour adapter une Union européenne dont les fondements datant des années 1970 ne sont plus adaptés aux défis d’aujourd’hui, lors d’un discours très applaudi au Bundestag, dimanche 18 novembre à Berlin, « jour de deuil national » pour les victimes des conflits en Allemagne.
« La menace sécuritaire, l'urgence climatique, le bouleversement numérique, la révolution de l'intelligence artificielle, la transformation agricole, le défi migratoire, tout cela, l'Union européenne n'a pas été conçue pour l'appréhender ou l'affronter »... Emmanuel Macron appelle donc à « surmonter nos tabous et dépasser nos habitudes » pour que l’Allemagne et la France assument une « nouvelle responsabilité » dans la « construction de cette souveraineté moderne, efficace, démocratique ».
En pratique, le président français a défendu quatre projets : - construire une défense commune ; - faire de l'euro une monnaie internationale dotée d'un budget propre (voir autre nouvelle) ; - créer un Office européen de l'asile pour harmoniser nos règles ; - consolider une agence sanitaire.
Côté extérieur, cette « souveraineté » suppose que l’Europe assume « davantage de responsabilités dans sa défense et sa sécurité et ne se contente plus de jouer les seconds rôles sur la scène mondiale ».
M. Macron n’a pas précisé pour autant les contours du projet d’armée européenne approuvé sur le principe par la chancelière allemande, Angela Merkel, lors de son discours devant le Parlement européen, mardi 13 novembre (EUROPE 12136).
Côté intérieur, la souveraineté européenne n'est « pas synonyme d'unanimité ou d'uniformité », a-t-il plaidé, prônant des « rythmes ou des cercles différents », mais « en restant ouverts à chacun en gardant - en tête et au cœur - l'intérêt de l'Europe unie ».
Dans une allusion à peine voilée aux valses-hésitations de l’Allemagne depuis son discours de la Sorbonne le 26 septembre 2017 (EUROPE 11870), deux jours après les dernières élections fédérales allemandes, Emmanuel Macron a plaidé pour ne « pas rester enfermés dans nos immobilismes ». D’autant plus que Briand et Stresemann, Adenauer et de Gaulle, Mitterrand et Kohl ont dû « surmonter des tabous plus grands, des histoires plus douloureuses ».
Mme Merkel a loué un discours « extraordinaire », qui traduit « exactement ce que je sens ».
La presse allemande ne tarissait pas non plus d’éloges après l’intervention du président français et sa « déclaration d’amour » à l’Allemagne, selon les termes de Der Spiegel, même si, pour l’hebdomadaire allemand, il est « bien possible que ce discours historique reste incompris ».
Pour l’heure, le projet de budget pour la zone euro présenté à l’Eurogroupe lundi à Bruxelles reste en deçà des montants espérés par la France. Le projet de taxe sur les géants du numérique devra attendre 2021 aux yeux du ministre allemand des Finances, Olaf Scholz (EUROPE 12139).
En matière de défense, l’Allemagne en reste à sa culture de la « retenue », quand la France plaide pour des « interventions rapides », a rappelé l’éditorialiste du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.
Et pour les élections européennes, Emmanuel Macron et Angela Merkel sont loin de jouer en équipe. Le premier tente de définir les contours d’un futur mouvement centriste destiné à tenir tête à la famille chrétienne-démocrate du PPE et son candidat allemand, Manfred Weber (EUROPE 12134). (Nathalie Steiwer)