Le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, a assuré, jeudi 15 novembre devant le Parlement britannique et la presse, que le projet d'accord sur un Brexit ordonné conclu la veille par les négociateurs de l'UE et du Royaume-Uni est de nature à concrétiser la volonté des Britanniques de quitter l'Union européenne, conformément au référendum de juin 2016.
« Cet accord concrétise ce pour quoi les citoyens ont voté », a déclaré Mme May. « Il va protéger leurs emplois, leur sécurité et assurer un avenir radieux pour leur pays », a-t-elle assuré, promettant de porter le projet d'accord à son terme. Selon elle, il n'y aurait jamais eu d'accord sans filet de sauvetage ('backstop'), cette solution juridique qui se mettrait en place pour éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et de l'Irlande du Nord faute d'accord de libre-échange ficelé pendant la période de transition post-Brexit (EUROPE 12137).
Interrogée sur son leadership après les démissions en masse dans son gouvernement (voir autre nouvelle), Mme May a estimé que le leadership consiste à « prendre les décisions difficiles et pas des décisions faciles ». Elle a estimé avoir toujours agi pour défendre « l'intérêt national » des Britanniques. Aux députés nationaux de faire le travail lorsqu'ils devront voter sur l'accord qui leur sera soumis.
Le matin à la Chambre des communes, c’est dans une ambiance houleuse et sous une pluie de critiques que Theresa May avait tenté de défendre le projet d’accord trouvé avec l’UE.
De nombreux députés lui ont reproché d’avoir « trahi » le peuple britannique et d'avoir cédé face aux Vingt-sept en revenant sur plusieurs points clés, notamment l'hypothèse d'une union douanière UE/Royaume-Uni et la compétence de la Cour de justice.
« En dehors de ces murs, quand les gens liront ces centaines de pages [...], ils se rendront compte que, d'une certaine façon, nous avons été trahis ! Nous avons été trahis par nos négociateurs qui se sont alliés à l’UE ! », a estimé la députée travailliste Kate Hoey.
Mais, pour Mme May, l’UE a aussi dû faire des concessions dans ces négociations « difficiles », notamment le fait que le Royaume-Uni pourra finalement avoir accès aux capacités de sécurité de l’UE.
Pouvez-vous nous dire « en quoi la ligne rouge concernant la compétence de la Cour de Justice a survécu à cet accord ? », a demandé Joanna Cherry du Parti national écossais.
Mme May a rejeté les allégations selon lesquelles, en vertu de l’accord de retrait, l’Irlande du Nord se retrouverait indéfiniment sous l’emprise de la Cour de Justice de l’UE. Elle a aussi rappelé que les négociations devaient se poursuivre pour déterminer les futures relations post-Brexit entre les deux partenaires et que, dans ce contexte, il serait garanti que la Cour de Justice n’exercerait plus à moyen terme sa juridiction sur le Royaume-Uni, sauf sur des questions visant les droits des citoyens.
Dans la même veine, le député britannique eurosceptique et conservateur Jacob Rees-Moog a estimé que le filet de sécurité pour l’Irlande du Nord instaurait une union douanière permanente de laquelle il sera encore plus difficile de sortir que de quitter l’UE.
Le conservateur et ancien ministre de la Justice, Phillip Lee, avait anticipé une telle situation. « Lorsque j'ai démissionné du gouvernement en juin, j'ai demandé la suspension de l'article 50 parce que je craignais cette impasse parlementaire », a-t-il déclaré.
La travailliste Mary Cray a justement appelé à une extension de l’article 50 du traité, activé par Londres en mars 2017 pour démarrer les négociations sur le Brexit, afin de laisser le peuple décider lors d’un vote populaire. Elle a rejeté le choix que leur offre le Premier ministre britannique qui, selon elle, se résume à un « accord qui est mort avant même qu'il ne soit lu par la plupart des députés » ou « aucun accord du tout ».
D’autres, comme le travailliste Chuka Umunna, ont réclamé que leur soit fournie une analyse d’impact économique, comparant les coûts et bénéfices du maintien dans l’UE et de l’accord de retrait actuellement sur la table – une demande, a assuré le Premier ministre, qui leur sera accordée. (Mathieu Bion avec Marion Fontana)