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Bulletin Quotidien Europe N° 12126
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ACTION EXTÉRIEURE / Tunisie

à Tunis, M. Juncker renforce le partenariat avec la Tunisie et reçoit ses doléances

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est rendu jeudi 25 et vendredi 26 octobre à Tunis afin de montrer le soutien de l’UE à la Tunisie. Face à lui, le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, et le Premier ministre, Youssef Chahed, lui ont fait part de nombreuses doléances. 

« Nos relations bilatérales sont des relations stratégiques. Nous travaillons dans l’intérêt des deux parties pour approfondir et renforcer davantage ces relations au bénéfice de nos citoyens », a souligné le président tunisien. « Nous sommes des amis et ensemble nous pouvons faire de grandes choses », a ajouté M. Juncker. 

Un nouveau soutien de 270 millions d’euros

Devant la presse, MM. Essebsi et Chahed ont demandé à l’UE de poursuivre son soutien financier à leur pays. « Nous faisons face à de grands défis économiques et sociaux. Nous mettons en œuvre de nombreuses réformes structurelles. Nous avons besoin de renforcer le soutien de l’UE envers notre pays, car la transition économique nécessite un grand soutien et de la compréhension de nos partenaires », a expliqué le président tunisien. 

Preuve de son soutien, l’UE a signé avec la Tunisie, jeudi 25 octobre, quatre accords financiers pour un montant total de 270 millions d’euros. Les projets signés visent à renforcer la compétitivité économique (90 millions d'euros), l'efficacité et l'équité fiscale (70 millions d'euros), la réforme du système judiciaire (60 millions d'euros) et la transition énergétique (50 millions d'euros). M. Juncker a aussi rappelé que, depuis 2011, l’UE avait dédié plus de 10 milliards d’euros au pays et plaidé pour que plus d’entreprises européennes investissent en Tunisie. 

MM. Essebsi et Chahed ont aussi défendu la sortie de la Tunisie de la liste noire de l'UE sur le blanchiment d’argent. M. Juncker a expliqué que, dès que les réformes prévues auraient été faites et que le Groupe d’action financier (Gafi) la retirerait de sa liste noire, l’UE « dans les jours suivants, et via une procédure accélérée, [ferait] de même »

À propos de la présence du pays dans la liste grise des paradis fiscaux, le président de la Commission s’est montré optimiste. « Ce que je sais des pourparlers [en cours] me fait penser qu’assez rapidement on pourra faire sortir la Tunisie de cette liste », a-t-il annoncé. 

Le président tunisien a insisté sur la jeunesse, demandant une plus grande mise en œuvre de l’initiative de partenariat en faveur de la jeunesse, lancé lors du 1er sommet UE/Tunisie en décembre 2016 (EUROPE 11681). M. Juncker a espéré pour sa part que le nombre de jeunes tunisiens participant au programme Erasmus augmente. « Il y en a 1 800 actuellement, c’est un nombre strictement insuffisant », a-t-il estimé, souhaitant aussi une plus grande participation à Horizon 2020 et à Europe créative

De son côté, le Premier ministre tunisien a mis l’accent sur la participation de son pays à la stratégie 'Ciel ouvert' ('Open skies'). « La Tunisie est prête et demande à l’UE d’accélérer le processus qui ouvre de nouveaux horizons », a-t-il expliqué. L’accord a été paraphé en décembre 2017 (EUROPE 11917). 

De plus, selon M. Juncker, l’UE et la Tunisie ont décidé d’inclure d’une façon plus active le pays dans le programme de protection civile de l’UE et d’intensifier leurs efforts à ce sujet. 

Des relations UE/Afrique qui ne soient pas limitées à la migration

Si la question migratoire a fait l’objet de discussions, le président Juncker n’a pas voulu en faire 'le' sujet de sa visite. « Les relations entre l’Afrique, l’Afrique du Nord et l’UE ne sont pas réduites aux seules migrations. Il y a une tendance européenne à considérer les relations avec l’Afrique à travers le prisme des seuls problèmes migratoires. C’est réducteur et cela ne correspond pas au niveau élevé de nos ambitions », a-t-il souligné. 

M. Essebsi s’est dit prêt à coopérer avec l’UE sur ce sujet. « Le problème va demeurer tant que la situation du sud de la Méditerranée et du sud Sahara est comme elle l'est actuellement [...] C’est un problème à étudier ensemble et calmement avec des solutions qui ne laissent personne sur le bord de la route [...] Je suis disposé à dialoguer avec nos amis européens des voies et moyens pour maîtriser ce phénomène en sachant pertinemment qu’il y a des situations qui ne sont plus maîtrisables en ce moment », a-t-il confirmé. 

Alors que la Tunisie avait été citée comme pays susceptible d'accueillir potentiellement des plateformes de débarquement, M. Juncker a rejeté l’idée de camps d’accueil dans les pays tiers. « Ce n’est plus une question d’actualité et cela n’aurait jamais dû l'être », a affirmé M. Juncker. Il a plutôt mis en avant la lutte contre les causes de la migration et le développement de la migration légale. « Si nous fermons nos portes à ceux qui veulent venir, bien que nous ayons besoin d’eux, ils vont venir par la voie illégale », a-t-il justifié. 

Le président de la Commission a aussi rendu hommage à la Tunisie qui a accueilli un million de Libyens. « La Tunisie n’est pas la partie fautive, mais une des victimes de la migration interne en Afrique [...] Si elle n’avait pas accueilli un million de réfugiés libyens, ils seraient en Europe ; il faudra que l’UE sache que la Tunisie contribue à alléger le fardeau de l’Europe », a-t-il insisté. Selon lui, l’UE a déjà aidé les efforts tunisiens pour faire face à la migration illégale à hauteur de 23 millions d’euros, précisant qu’il était du « devoir » de l’UE d’aider le pays « financièrement, administrativement et techniquement ». (Camille-Cerise Gessant)

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