Comme pressenti, les dirigeants européens réunis le 18 octobre à Bruxelles, cette fois avec Theresa May, n’ont pas fait bouger les lignes sur la réforme du régime européen d’asile.
Lors d’une discussion de près de deux heures, ils ont, au contraire, envoyé un nouveau signal négatif à la Présidence autrichienne en ne donnant pas suffisamment de soutien à son concept de « solidarité obligatoire » qu’elle voulait explorer pour sortir de l’impasse de la réforme du règlement de Dublin, bloquée depuis des mois sur le degré de solidarité en matière d’accueil des demandeurs d’asile entre les États membres dans les situations de crise.
Ce soutien n’a pas pu être apporté en raison de l’attachement d’autres États membres au concept de « relocalisation obligatoire » que certains pays ne sont pas prêts non plus à lâcher, a dit une source.
Les « discussions d’aujourd’hui ont une nouvelle fois montré ce que je dis depuis des années : il n’y a pas d’unité sur le partage contraignant. On doit se concentrer sur la frontière extérieure, je suis reconnaissant qu’il y ait dans les faits un soutien de tous les États membres pour notre plan avec les pays voisins et les pays de transit pour travailler plus étroitement – avec l’Égypte, et aussi d’autres », a commenté de son côté le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.
Il ne s’est presque « rien » passé vendredi, si « l’on peut être cynique », a dit une source. Les Vingt-huit n’ont en effet pas progressé sur le calendrier de cette réforme, « fixer une date étant artificiel », a dit une autre source diplomatique.
Il n’y a pas non plus eu de consensus pour valider les textes du paquet 'Asile', qui sont plus ou moins prêts, comme le règlement 'Qualifications' ou la directive sur les conditions d’accueil.
Le texte des conclusions ne fait plus non plus référence aux concepts créés par le sommet européen de juin, à savoir les « centres contrôlés » dans l’UE, centres fermés pour trier provisoirement les gens débarqués sur le sol européen ainsi que les « plates-formes de débarquement » dans les pays d’Afrique du Nord. Un dernier concept qui n’a pas eu le succès escompté, tout comme d’ailleurs celui des centres contrôlés, idée française pas très avancée non plus.
Seule reste à l’ordre du jour la poursuite de la coopération avec l’Égypte, annoncée en septembre à Salzbourg, et pour laquelle sera convoqué un sommet UE - Ligue arabe, fin février à Charm el-Cheikh. L’idée est de renforcer l’action contre les passeurs, notamment.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a voulu insister sur le rôle du Maroc, « qui fait un travail extraordinaire » pour contrôler les frontières et il a demandé à ses homologues de valoriser cette coopération avec le Maroc.
Les conclusions que les Vingt-huit ont adoptées sont donc restées les mêmes que celles figurant dans le dernier projet provisoire ; toutefois, un ajout relatif à la Turquie a été fait, à la demande de la Grèce et de Chypre. Les deux délégations ont souhaité que des « efforts supplémentaires soient faits pour mettre en œuvre » cet accord. Les deux pays ont des difficultés avec la réadmission de personnes vers la Turquie, a expliqué une source. (Solenn Paulic avec la rédaction)