Le projet de budget italien pour 2019 n'était officiellement pas à l'ordre du jour du sommet européen, jeudi 18 octobre à Bruxelles, mais l'orientation économique et budgétaire du gouvernement Conte laisse peu de dirigeants européens indifférents.
« Nous n’avons aucune compréhension pour la proposition budgétaire d’Italie envoyée à Bruxelles », a déclaré le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, à l'issue du Conseil européen. Et d'ajouter : « Nous n’allons certainement pas en Autriche payer la dette des autres, et certainement pas pour des promesses électorales de populistes de gauche. » Évoquant le cas grec, il a rappelé que lorsqu'un pays fortement endetté doit procéder à des ajustements, ce sont les pauvres qui paient le prix fort via une réduction des retraites et des prestations sociales.
Selon une source européenne, il y a eu en séance des appréciations divergentes quant au projet budgétaire italien, qui ont été positives tout comme négatives. Celui qui a exprimé le plus d'inquiétude a été le Premier ministre néerlandais, Marc Rutte.
Le projet de Loi de Finances italien ayant été transmis à la Commission européenne en début de semaine (EUROPE 12111), la balle est désormais dans le camp de l'institution européenne, qui doit l'analyser avant de prendre position.
Analyse en cours
Saluant « le talent et la verve » du président du Conseil italien, Giuseppe Conte, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a assuré que ses services ne nourrissaient « aucun préjugé négatif à l'égard des propositions italiennes ». D'après lui, la Commission s'est toujours montrée « gentille et positive » vis-à-vis de l'Italie. « Parce que l'Italie, c'est l'Italie », a-t-il ironisé, en référence aux reproches qu'on lui avait adressés concernant l'attitude de la Commission vis-à-vis de la situation budgétaire française.
Ayant rencontré M. Conte, la chancelière allemande, Angela Merkel, a trouvé « utiles » les réformes italiennes en matière de lutte contre la corruption et de transparence de l'administration publique. « Pour le budget, je lui ai dit que c'était avec la Commission qu'il faudrait parler », a-t-elle ajouté, espérant « un dialogue sincère » au cours de cette procédure.
« Il y a des règles et des procédures » et c’est à la Commission d'évaluer les projets de budget pour tout le monde, a indiqué, pour sa part, le président français, Emmanuel Macron, qualifiant les orientations économiques et budgétaires de choix « souverain » qu'il convenait de respecter.
Une déviation sans précédent dans l'histoire du Pacte de stabilité
Près de cinq pays de la zone euro seront invités à donner plus d'informations sur leur projet budgétaire, parmi eux : la Belgique, l'Espagne et l'Italie.
Présent jeudi à Rome, le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a transmis les griefs de la Commission au ministre italien des Finances, Giovanni Tria.
« Nous avons adressé une lettre » aux autorités italiennes, dans laquelle la Commission formule des observations et pose des questions, a déclaré le commissaire. C'est sur la base des réponses fournies que la Commission prendra sa décision dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance, a-t-il ajouté. Il a insisté sur le fait que cette missive ne constitue « pas un oukase » ni « quelque chose de définitif », puisque le dialogue se poursuivra après la décision de la Commission, et qu'il revient in fine au Conseil de prendre une décision sur le projet de budget italien.
Publique, la lettre de la Commission fait notamment valoir que l'expansion budgétaire de 1 % du PIB national et la déviation de l'ajustement structurel d'environ 1,5 % du PIB, contenues dans le projet de budget italien, n'ont « pas d'équivalent dans l'histoire du Pacte de stabilité et de croissance ».
Il n'y a « jamais eu un tel écart en matière de déficit structurel entre ce qui était demandé et ce qui est prévu » dans un contexte de « dette élevée », a admis M. Moscovici. Nous sommes favorables aux politiques de croissance et d'investissement, mais il faut aussi qu'elles soient capables de réduire la dette, a-t-il ajouté.
« En réalité, il ne s'agit pas d'une grosse déviation », a considéré M. Conte, faisant valoir des mesures annoncées précédemment portant de toute manière le déficit à hauteur de 2 % du PIB. « J'ai dit au sommet de la zone euro : 'Nous le faisons parce que l'Italie doit produire de la croissance' », a-t-il ajouté, considérant que les fondamentaux économiques de son pays étaient « très solides ».
Jeudi matin, le président du Conseil italien avait prôné un « dialogue constructif » avec la Commission européenne. « Je me rends parfaitement compte que ce n'est pas le budget auquel ils s'attendaient à la Commission », avait-il concédé, qualifiant de « compréhensibles » les premières réactions.
Voir la lettre de la Commission : http://bit.ly/2ynkCdJ. (Mathieu Bion avec la rédaction)