« Je n’ai pas devant moi de preuve que quelqu’un va cibler les élections du Parlement européen au printemps prochain [...]. Mais si vous regardez les antécédents, il y a une chance [...] et je pense que nous ne ferions pas preuve de la diligence appropriée si nous ne travaillions pas dur pour nous assurer que nous sommes aussi bien préparés que possible contre cette éventualité ». C’est sur ces mots que le commissaire européen à la Sécurité, Julian King, a ouvert, lundi 15 octobre à Bruxelles, la conférence de haut niveau sur la sécurité des élections en Europe.
L’objectif de cette conférence, qui se poursuivra mardi : réunir les parties prenantes pour réfléchir à des solutions concrètes.
Pour Julian King, il faut agir sur trois fronts : construire la cyberrésilience, prévenir les risques de manipulation lors des élections et protéger les données personnelles. Et pour cela, il a appelé à une coopération entre les autorités nationales, le secteur privé et la société civile. Il a aussi appelé les colégislateurs à adopter au plus vite les mesures présentées par la Commission dans son paquet 'élections' (EUROPE 12094).
Un appel à la coopération qui a été relayé par Anders Fogh Rasmussen, coprésident de la Commission transatlantique sur l’intégrité électorale et ancien secrétaire général de l’OTAN, qui a appelé les pays à unir leurs forces pour trouver des solutions concrètes, mais aussi à cesser de se focaliser sur les cas passés pour se concentrer sur l’avenir.
« Les nations dont les dirigeants s'engagent à répondre avec feu et fureur aux attaques militaires restent muettes lorsque le droit de leurs propres citoyens de choisir leurs représentants est attaqué. [...] Nous devons défendre notre démocratie aussi fermement que nous défendrions nos frontières », a-t-il déclaré.
Pour cela, il a formulé trois recommandations. La première : accroître les ressources allouées à la cybersécurité. Alors que l’UE n’a doté que de 1,1 million d’euros sa ‘East StratCom Task Force’ contre la propagande russe, la Russie a attribué près de 10 fois ce budget à son Agence de recherche Internet, qui diffuse de la propagande en ligne, a-t-il souligné. Quant aux États-Unis, s’ils ont dédié 120 millions de dollars à cette lutte, « ils n’en ont pas dépensé un centime ».
Il a ensuite appelé l’UE à affirmer son leadership en la matière, mais encore faut-il savoir qui en son sein doit en être responsable. Est-ce la Commission européenne, le Service européen pour l’action extérieure ou une toute nouvelle structure ? Une idée pourrait être, selon lui, que l’UE désigne un représentant spécial pour les cybermenaces et la désinformation en ligne.
Enfin, une coopération continue avec le Royaume-Uni en la matière est, pour lui, cruciale. À cet égard, il espère que les dirigeants européens réaliseront vite que la cybersécurité est importante, peu importe si l’issue est un « Brexit doux, dur ou brutal ».
Propagande russe. Sans surprise, les discussions ont beaucoup tourné autour de la Russie. Le pays serait responsable de 80 % des activités de désinformation en Europe, a rappelé M. Rasmussen.
Devant la presse, le commissaire King a précisé que les mesures discutées ne visaient pas seulement une « source unique de désinformation ». Néanmoins, « il y a une particularité à propos de la Russie [...]. Ils sont fiers d’utiliser ce genre d’approche. Ils en ont parlé ouvertement et l’ont mis dans leur doctrine militaire. Je pense donc que nous devrions les prendre au mot et nous inquiéter sérieusement des informations en provenance de Russie », a-t-il ajouté. (Marion Fontana)