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Bulletin Quotidien Europe N° 12117
INSTITUTIONNEL / Royaume-uni

Une paix nord-irlandaise encore récente et toujours fragile

Si une célèbre chanson d’un tout aussi célèbre groupe irlandais a permis à des générations de se faire une idée du conflit sur l’île, les fameux ‘Troubles’ qui ont fait rage entre républicains catholiques et loyalistes unionistes protestants depuis les années 1960 jusqu’à la fin des années 1990 et même au-delà, elle ne peut remplacer un déplacement sur le terrain pour comprendre à quel point cette paix en Irlande du Nord, même 20 ans après, semble toujours fragile. 

Il y a bien sûr les optimistes, que les conséquences du Brexit sur ce fameux Accord du Vendredi saint n’inquiètent pas vraiment. Parmi eux, Desmond McCain, un homme d'un certain âge rencontré au hasard d’une visite à l’un des mémoriaux dédiés à 12 travailleurs nord-irlandais forcés un jour de janvier 1976 de descendre de leur bus et exécutés froidement. 

Desmond connaissait ces ouvriers. « On sait bien qui a fait ça », explique cet homme qui habite aujourd’hui en Angleterre et n’était pas revenu en Irlande du Nord depuis 40 ans. Qui a fait ça ? Pour lui, pas de doute, c’est l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise. 

Pour cet homme, le Brexit est pourtant une bonne nouvelle. « On va quitter cette UE trop bureaucratique et le plus vite possible sera le mieux. » Cela sera bénéfique tant sur le plan économique que politique, estime-t-il. « Les jeunes d’aujourd’hui sont bien différents de notre époque ; ce n’est plus possible une guerre ; il n’y a qu’à voir le récent référendum irlandais en faveur de l’avortement, ça n’aurait pas été possible il y a 40 ans », veut-il croire. 

Mais au cœur de Belfast, dans les locaux de la Commission européenne qui pilote les projets de maintien de la paix, les projets intitulés Peace ou les programmes Interreg de soutien à la coopération transfrontalière, le travail quotidien démontre que les choses ne sont pas si simples. 

Ici, on ne s’inquiète pas tellement de la poursuite des projets et programmes après le Brexit, après mars 2019. Mais l’on se rend compte au quotidien que les étincelles peuvent vite repartir, notamment chez les jeunes défavorisés, en décrochage scolaire ou marginalisés socialement. Des jeunes qui peuvent être attirés vers des groupes criminels ‘paramilitaires’ et des actes potentiellement dirigés contre la communauté d'en face. 

Depuis 1995, l’UE a en tout cas dépensé 2,2 milliards d’euros dans les projets Peace, tant dans les projets de réconciliation, au début, que plus récemment dans le soutien aux jeunes défavorisés et la sensibilisation aux stéréotypes et attitudes hostiles du passé. 

Les programmes européens viennent aussi en aide aux anciens combattants de cette guerre ainsi qu’à leurs femmes ou familles. 

Pour rappel, ce conflit a fait plus de 3 500 morts et des milliers de blessés. Pour les fonctionnaires qui travaillent sur ces programmes, les violences restent aujourd’hui à un faible niveau, mais le niveau de désobéissance civile est élevé. Par ailleurs, la société nord-irlandaise reste divisée, sinon ségrégée. 

« Des gens refusent de passer par tel ou tel quartier pour ne pas croiser l’autre communauté », explique ainsi l’un de ces fonctionnaires. L’éducation reste aussi un secteur fragmenté avec assez peu d’écoles mixtes associant les deux communautés. 

Et demeurent aussi au cœur de Belfast ces Murs de la Paix, les 'Peace walls', recouverts de peintures et graffitis artistiques sur plusieurs centaines de mètres. Ils ont été construits en 1969 par le gouvernement britannique pour séparer les communautés et les protéger des affrontements. En 2003, le gouvernement nord-irlandais s’était engagé à les détruire dans les dix ans. 

Pourtant, en 2018, il semble qu'il n'y ait plus de volonté de le voir disparaître. Au-delà d’un morceau d’histoire et d’une œuvre artistique, « ces murs permettent toujours aux gens de se sentir plus en sécurité », explique un diplomate irlandais. 

Certains de ces murs possèdent aussi toujours des portes permettant le passage de la population dans la journée et, encore en 2018, ces portes continuent de se fermer chaque soir, dès que la nuit tombe. (Solenn Paulic)

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