Les Européens se sont refusés, lundi 16 juillet, à surenchérir, après que le président américain Donald Trump a qualifié les Européens d’« ennemis », la veille sur la chaîne CBS.
Que ce soit le président du Conseil européen, Donald Tusk, via Twitter, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, ou plusieurs ministres des Affaires étrangères à leur arrivée au Conseil 'Affaires étrangères' lundi à Bruxelles, les réactions européennes convergent.
« L'Amérique et l'UE sont les meilleures amies. Celui qui dit que nous sommes des ennemis répand de fausses nouvelles », a lancé M. Tusk, prenant à son propre jeu le président américain qui emploie à outrance le terme de 'fake news'.
Mme Mogherini a aussi insisté sur l’amitié entre Européens et Américains, quelle que soit l’administration américaine en place.
« Si j'étais journaliste, je lui demanderais probablement qui il considère comme ses amis. Nous avons très clairement à l'esprit qui sont nos amis, les États-Unis, assurément, et […] un changement d'administration ne change pas l'amitié entre les pays et les peuples », a-t-elle expliqué. Énumérant les nombreux amis de l’UE dans le monde, la Haute Représentante a espéré que l’administration américaine avait des « idées claires sur l’identité de ses amis ».
« J’ai constaté qu’il n’y avait pas que l’Europe, la Chine aussi, la Russie aussi. Il semble que tout le monde soit un ennemi, il faut prendre la déclaration avec pondération », a relativisé le ministre français Jean-Yves Le Drian.
Ses homologues tchèque et maltais ont insisté sur l’importance du partenariat transatlantique. « Il faut garder le lien transatlantique aussi fort que possible », a expliqué Jan Hamáček. Carmelo Abela a souligné ne pas voir « d'ennemis, mais seulement des collaborateurs avec lesquels on peut collaborer ensemble pour résoudre les questions » mondiales.
Le Belge Didier Reynders a, pour sa part, rappelé qu’Européens et Américains avaient reconfirmé un partenariat à l’occasion du sommet de l’OTAN (EUROPE 12061), espérant que la rencontre entre le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et M. Trump, le 25 juillet (date que la Commission n'a pas officiellement confirmée lundi), permettra de « trouver la voie du dialogue » sur les divergences commerciales.
Pour le ministre espagnol, M. Trump reconnaît dans ses propos qu’en matière commerciale, les Européens sont très compétitifs et que « probablement le mot ennemi [était] une hyperbole ». Interrogé sur l’attitude agressive du président américain, Josep Borrell a estimé qu’il n’y avait rien de nouveau. « Il dit toujours la même chose : il n'aime pas le multilatéralisme, il n'aime pas cette invention qu’est l'UE », a-t-il expliqué.
De son côté, le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a philosophé, citant un extrait d’Antigone de Sophocle : « Je suis né pour avoir des amis, pas des ennemis. »
Dimanche 15 juillet, M. Trump avait estimé, sur la chaîne CBS, que l’UE était un « ennemi, un adversaire » ('foe'). « Je pense que nous avons beaucoup d'ennemis. Je pense que l'Union européenne est un ennemi, avec ce qu'elle nous fait dans le domaine commercial. On ne penserait pas à l'UE, mais c'est un ennemi », a-t-il estimé.
Le président américain a rencontré, lundi 16 juillet à Helsinki, son homologue russe Vladimir Poutine. (Camille-Cerise Gessant et Carmen García)