Le gouvernement espagnol, au terme d'une vive controverse, a finalement offert, lundi 11 juin, aux autorités italiennes et maltaises d’accueillir le navire chargé de migrants sauvés au large des côtes libyennes, affrété par SOS Méditerranée avec la collaboration de Médecins sans frontières (MSF). Ce navire, l’Aquarius, a à son bord 629 personnes, dont des mineurs et des femmes enceintes. Il a effectué six opérations afin de récupérer ces naufragés et a créé une polémique entre Rome et La Valette au cours du week-end, les deux capitales refusant d’ouvrir leurs ports à ces migrants.
Lundi 11 juin, la Commission européenne, avant cette annonce du gouvernement espagnol d’ouvrir le port de Valence, avait appelé les deux parties à trouver une solution au plus vite et souligné qu’il s’agissait d’un impératif « humanitaire ». « On parle de gens », avait indiqué Natasha Bertaud, porte-parole du commissaire aux Migrations, Dimitris Avramopoulos.
Dimanche, le ministre italien des Affaires intérieures, Matteo Salvini, avait, lui, demandé, aux côtés du ministre des Transports, aux autorités maltaises d’accueillir ce bateau, estimant, dans un communiqué, que Malte ne pouvait plus « regarder ailleurs » et contourner « les conventions internationales ».
À son tour, par la voix de son Premier ministre, Joseph Muscat, Malte avait indiqué son refus de recevoir ces migrants, estimant par ailleurs agir en pleine conformité avec le droit international.
Ce droit international est « flou », a commenté lundi la porte-parole du commissaire Avramopoulos, la responsabilité de désigner le port d’accueil revenant au pays qui assure et coordonne la mission de sauvetage.
Dans le passé, toutefois, un accord informel avait été passé entre les autorités italiennes et maltaises dans le cadre de 'Mare Nostrum', et les bateaux, qui se trouvaient dans les eaux maltaises et étaient donc censés y accoster et débarquer les migrants, étaient redirigés vers les ports italiens. Lors de discussions sur des règlements comme Eurosur, l’UE avait bien tenté un moment de fixer des règles de compétence dans les opérations de sauvetage en mer, mais les États membres avaient refusé plusieurs fois de 'communautariser' cette question.
Le refus des autorités italiennes a en tout cas été durement critiqué, notamment par les socialistes européens et leur président, Sergei Stanishev, qui a jugé « dégoûtant » que les autorités italiennes puissent jouer avec la vie de personnes vulnérables « pour rester dans la permanence de la campagne électorale à des fins de politique intérieure ».
La délégation socialiste française au PE a, elle aussi, condamné l'attitude du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, « non seulement d'une lamentable prévisibilité », mais qui « relève d'un comportement illégal ». Les Verts/ALE au PE ont, eux, affirmé à quel point cet épisode rendait la réforme du système d’asile européen et celle de Dublin « urgente ».
Joseph Muscat a, pour sa part, remercié le gouvernement de Pedro Sánchez et annoncé que Malte apporterait des fournitures et des vivres au navire. « Nous devrons nous asseoir et discuter afin que cela n'arrive plus. C'est un problème européen », a-t-il commenté. (Solenn Paulic)