Les interprètes du Parlement européen - 259 fonctionnaires et plus de 2 000 indépendants - ont entamé, mardi 5 juin à 14h00, un mouvement de grève qui pourrait perturber fortement les travaux de la session plénière commençant lundi 11 juin, si le conflit avec l'administration du PE n'est pas résolu d'ici là.
Cette grève a commencé par des annonces, à chaque début et fin des sessions de travail parlementaire, visant à informer les députés et le public du mouvement. Jusqu'à la fin de la semaine en cours, il n'y aura aucun dépassement d'horaire de la part des interprètes. Des tracts et des communiqués seront distribués pour informer au sujet d'un mouvement qui n'a qu'un seul équivalent dans l'histoire du PE.
À partir de lundi 11 juin, faute d'accord avec l'administration, des interruptions d'interprétation allant jusqu'à une durée de deux heures pourraient perturber les travaux de la session plénière. Reconductible, le préavis de grève soutenu par tous les syndicats de la fonction publique européenne a été déposé jusqu'au vendredi 20 juillet.
Le conflit n'est pas récent. Déjà, en octobre 2017, la gronde était perceptible parmi les interprètes, mais un premier mouvement avait été mis en veille en raison d'une concertation menée par le secrétaire général du PE, Klaus Welle. « Au Parlement européen, il n'y a pas de dialogue social », a pourtant vivement critiqué un représentant du syndicat SFIE-PE, se confiant à EUROPE, mardi.
Les interprètes estiment que, face aux demandes de l'administration d'augmenter leur charge de travail, leur position est très conciliante. Ils seraient prêts à accepter des heures supplémentaires en cabine, une réduction du nombre d'interprètes en cabine, une amplitude accrue des journées de travail, des pauses à intervalles irréguliers et la couverture de réunions tardives.
D'après le syndicat SFIE-PE, si les mesures qu'ils proposent étaient acceptées, l'économie pour le PE serait de 2,8 millions d'euros alors que l'objectif fixé par l'administration est de 2 millions d'euros, même si la commission des budgets du PE ne réclame pas d'économies sur l'interprétariat.
« Ce qui les intéresse, c'est la production. Ce sont des critères purement économiques. Or, notre profession n'est jamais rentable », a indiqué cette source syndicale, s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles M. Welle s'évertue à vouloir des économies. Elle a critiqué la volonté de l'administration du PE d'imposer l'anglais en tant que langue véhiculaire en violation du Traité et du droit des eurodéputés à s'exprimer dans leur langue maternelle.
Les interprètes ne lèveront leur préavis que s'ils obtiennent satisfaction par écrit. « Il nous faut un texte final entériné par le secrétaire général », a dit une deuxième source.
Contactée, l'administration du PE a fait part de son étonnement quant au dépôt du préavis de grève alors que les discussions sont en cours avec les syndicats, une session de négociation étant prévue fin juin. Elle rappelle que l'accord avec les syndicats prévoit un délai de 5 jours pour le dépôt du préavis et l'invocation de circonstances exceptionnelles.
Plus d'informations : https://bit.ly/2kQDF99 . (Mathieu Bion)