Vingt-cinq États européens prennent des engagements communs en faveur de l'intelligence artificielle (IA). Lors de la journée du numérique le 10 avril, ils ont souscrit à une déclaration commune qui place notamment l'accessibilité des données au centre des priorités.
« Aujourd'hui, nous avons reçu la confirmation que les trois domaines, sur lesquels nous nous concentrons actuellement, correspondent aux attentes des États membres et des citoyens : la capacité technologique, les questions éthiques et juridiques ainsi que l’impact de l'intelligence artificielle sur le marché du travail et les compétences », a déclaré en conférence de presse la commissaire à l'Économie et la Société numériques, Mariya Gabriel.
Les principaux messages de la déclaration
La déclaration reconnaît l'importance d'assurer la compétitivité de l'Europe dans la recherche et le déploiement de l'IA, et de traiter des questions sociales, économiques, éthiques et juridiques. Elle a été signée par 24 États membres (tous sauf Chypre, Croatie, Grèce et Roumanie) plus la Norvège.
D'après un fonctionnaire de la Commission, le fait que Chypre, la Croatie, la Grèce et la Roumanie n'y aient pas souscrit relève davantage d'une question de procédure que d'une réelle opposition.
Parmi les engagements spécifiques, les signataires veulent contribuer à la mise en place d'un réseau dense de centres d'innovation numérique au niveau européen. Ils proposent aussi de contribuer aux efforts visant à rendre plus disponibles les données du secteur public, d'aider les entreprises privées à suivre cet exemple et d'améliorer la réutilisation des données de recherche scientifique résultant du financement public.
L'accès aux données avait été préalablement identifié par le secrétaire d'État français chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, comme l'une des priorités de l'Union européenne. « Il n'y a pas d'intelligence artificielle sans jeu de données », a-t-il déclaré. Il a plaidé pour un statut pour les données issues du financement public, l'échange volontaire de données et le soutien à la diffusion des données issues du secteur privé qui ont un intérêt général.
Le ministre maltais de l'Éducation, Evarist Bartolo, a appelé à ne pas ignorer les 'perdants' de l'intelligence artificielle et à être compétitifs face à la Chine ou les États-Unis en respectant les valeurs européennes.
« Aujourd’hui, les convergences ont prévalu. S’il y a divergences, c’est un atout européen. Tout ce qui est divergence et diversité fait notre force », a commenté en conférence de presse la commissaire Gabriel, interrogée sur les potentiels points de désaccord qui auraient pu émerger lors de la rédaction de la déclaration.
La future communication de la Commission
La Commission européenne présentera, vraisemblablement mercredi 25 avril, sa stratégie sur l'intelligence artificielle.
Mardi, Mme Gabriel a confirmé que cette communication s'appuierait sur trois axes de travail, à savoir : (1) stimuler la capacité technologique et industrielle de l’UE en matière d’IA ; (2) s’attaquer aux questions éthiques et juridiques (tout en abordant la sécurité, la responsabilité, la transparence et l'accès aux données) ; et (3) répondre aux défis socio-économiques des marchés du travail et moderniser les systèmes d’éducation et de formation en Europe (EUROPE 11987).
La commissaire a également annoncé le lancement d'une Alliance européenne pour l’intelligence artificielle, pour compléter la stratégie. Cette alliance « agira à la fois comme une plate-forme et un forum pour collecter des informations, échanger des opinions, développer des priorités communes et proposer des recommandations pour les initiatives à venir », a-t-elle indiqué. Selon elle, des recommandations pourraient être formulées début 2019 pour un usage éthique de l'IA, qui prendra en compte les droits fondamentaux.
Voir la déclaration : https://bit.ly/2qiuVeY (Sophie Petitjean)