Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a célébré mardi 10 avril, lors d'un discours à l’University College Dublin Law Society, le vingtième anniversaire de l’accord du Vendredi saint ou Good Friday Agreement, qui a permis le retour de la paix en Irlande du Nord. Un discours au cours duquel il a rappelé que la question irlandaise était « au centre » des négociations du Brexit. Il a aussi à nouveau regretté que le processus du Brexit soit une affaire de désintégration. M. Tusk s'est dit attristé par ce qu'il considère comme un des « évènements les plus tristes » du 21e siècle, ce qui le rend même parfois « furieux ». Il en a néanmoins profité pour souligner que, dans ce processus, il fallait aussi avoir un peu moins de rêves et des actes plus concrets.
À l'occasion de cet anniversaire, la Commission européenne avait aussi, plus tôt dans la journée, souligné l’importance de préserver les éléments de cette entente qui avait mis fin à des années de guerre civile et de préserver la coopération entre l'Irlande et l'Irlande du Nord. Elle a affirmé qu’elle continuerait à œuvrer pour maintenir cet accord qui a apporté « la paix et la stabilité ».
Les négociations sur le Brexit ont mis en difficulté les termes de l'accord du Vendredi saint. L’UE comme Londres se sont engagés à éviter tout retour à une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord une fois que le Royaume-Uni aura quitté l'Union européenne.
L’accord du Vendredi saint a été signé le 10 avril 1998 par les principales forces politiques d’Irlande du Nord qui avaient accepté une solution politique pour mettre fin aux trente années de ‘guerre civile’ en Irlande du Nord (1969-1998). Ce conflit a opposé les républicains catholiques opposés à l’appartenance au Royaume-Uni et les partis unionistes et loyalistes protestants fidèles à Londres. Il a fait 3 480 morts.
Les signataires de l’accord - le Premier ministre britannique, Tony Blair, le Premier ministre de la République d'Irlande, Bertie Ahern, les nationalistes, emmenés par le Parti social-démocrate et travailliste de John Hume et le Sinn Féin de Gerry Adams ainsi que les unionistes du parti de David Trimble, l'Ulster Unionist Party et le Parti unioniste progressiste - avaient notamment acté les principes suivants : - le désarmement des groupes paramilitaires ; - la création d'instances de coopération entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord ; - la reconnaissance par Londres de la « dimension irlandaise », soit, en quelque, sorte la confirmation d'un droit donné à Dublin de participer aux affaires nord-irlandaises.
L'accord prévoit aussi la reconnaissance, pour chaque personne née en Irlande du Nord, du droit de s'identifier et d'être acceptée en tant qu'Irlandais ou Britannique, ou les deux, ainsi que la confirmation du droit à détenir les deux citoyennetés, irlandaise et britannique, quelle que soit l'évolution du statut de l'Irlande du Nord.
Pour respecter cet accord, la Commission a proposé au Royaume-Uni une solution de dernier recours ('backstop') permettant d’éviter tout retour à une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, si aucune autre solution meilleure n'était avancée par le gouvernement britannique.
Cette solution, qui a été résumée dans un protocole (EUROPE 11971), consiste à maintenir toute l’île dans une même zone règlementaire calquée sur le marché unique et l’Union douanière.
Alors que des discussions techniques se sont entamées avant Pâques entre les négociateurs sur la question irlandaise, aucune solution alternative n’a à ce stade été apportée par Londres, indiquait lundi 9 avril une source européenne.
Depuis, Londres a toutefois accepté l’idée que cette solution de dernier recours figure comme un élément juridiquement contraignant dans l’accord de retrait britannique. Cette solution pourrait s’appliquer après le Brexit, le temps de trouver une solution alternative.
Le gouvernement britannique s’est toutefois engagé avec ses partenaires européens dans un travail de négociation pour essayer de modifier le contenu de ce protocole. (Solenn Paulic)