La Commission européenne a estimé, mardi 6 février, dans son attendue stratégie sur les Balkans occidentaux, que « d’ici 2025 », « l’UE pourrait compter plus que 27 États membres ».
Rappelant que la Serbie et le Monténégro avaient déjà ouvert leurs négociations d’adhésion, la Commission estime qu’« avec une volonté politique forte, la mise en œuvre de réformes effectives et durables et des solutions définitives aux différends avec les voisins, ils pourraient potentiellement être prêts à devenir membres à l’horizon 2025 ». Une perspective « extrêmement ambitieuse », reconnaît immédiatement la stratégie, rappelant que cela « dépendrait entièrement des mérites et des résultats objectifs de chaque pays ». « La date peut créer une sorte de pression positive », a expliqué le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, tout en prévenant : « Il ne s’agit pas d’assouplir les conditions. »
Déjà, mardi matin, le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, faisait preuve de prudence, précisant que cette date était « indicative » (voir autre nouvelle). De même, lors de la présentation aux médias de la stratégie, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a précisé qu’il ne s’agissait pas « d’une date cible, d’une date limite, mais d’une perspective réaliste ». Une façon, peut-être, de ne pas brusquer certains États membres qui étaient contre l’indication de toute date. De même, la stratégie précise que « notre Union doit être plus forte et plus solide, avant de pouvoir s’étoffer ».
Les autres pays des Balkans occidentaux ne sont pas en reste, la Haute Représentante et le commissaire ne cessant de rappeler la perspective d’adhésion « des six pays des Balkans occidentaux », alors que cinq États membres de l’UE ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo. Selon la stratégie, « l'Albanie et l'ex-République yougoslave de Macédoine font des progrès significatifs sur la voie européenne », et la Commission « est prête à préparer des recommandations pour l'ouverture de négociations d'adhésion, sur la base des conditions remplies ». Mme Mogherini a espéré que cela intervienne « dans les prochains mois ». La Commission doit présenter, le 17 avril, ses rapports d’élargissement qui pourraient inclure ces fameuses recommandations.
De même, « la Commission commencera à préparer un avis sur la demande d'adhésion de la Bosnie-Herzégovine après avoir reçu des réponses complètes et concrètes à son questionnaire », questionnaire que Sarajevo tarde à renvoyer. Une source européenne a cependant espéré que ce questionnaire, qui comprend « 15 000 pages de réponses », soit envoyé « dans les deux ou trois prochaines semaines ». « Avec des efforts et un engagement soutenus, la Bosnie-Herzégovine pourrait devenir candidate à l'adhésion », ajoute la stratégie. Enfin, « le Kosovo a la possibilité de progresser durablement grâce à la mise en œuvre de l'accord de stabilisation et d'association et de progresser sur la voie européenne une fois que les circonstances objectives le permettront », précise la Commission.
Renforcer l’État de droit et régler les conflits
Dans sa stratégie, la commission revient ainsi sur les domaines dans lesquels les pays des Balkans occidentaux doivent progresser. Ainsi, « pour que les pays remplissent toutes les conditions d'adhésion et renforcent leur démocratie, des réformes globales et convaincantes sont encore nécessaires dans des domaines cruciaux, notamment l'État de droit, la compétitivité, la coopération régionale et la réconciliation », résume la stratégie. Celle-ci rappelle que le lancement de réformes dans les domaines de l’État de droit, des droits fondamentaux et de la bonne gouvernance, est « le principal critère à l’aune duquel les perspectives de ces pays seront appréciées par l’UE ».
Pour éviter des conflits au sein de l’UE, la Commission, qui ne veut pas d’un nouveau problème de frontières comme c’est le cas à Chypre ou entre la Croatie et la Slovénie, rappelle que « l'UE n'acceptera pas d'importer ces différends et l'instabilité qu'ils pourraient entraîner. Des solutions définitives et contraignantes doivent être trouvées et mises en œuvre avant qu'un pays n’accède à l’UE ». Ainsi, la Commission prévient qu’un « accord de normalisation complet et juridiquement contraignant est urgent et crucial pour que la Serbie et le Kosovo puissent avancer sur leurs chemins européens respectifs ». Mais, une nouvelle fois, interrogée par EUROPE, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité n’a pas voulu préciser si cela signifiait une reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par la Serbie.
Six initiatives pour aider la région
Toutefois, la Commission reconnaît que l’Union européenne et ses États membres doivent, eux aussi, faire leur part du travail pour aider ces pays. Ainsi, la stratégie comprend six initiatives phares dans six domaines : le soutien renforcé à l’État de droit, le renforcement de l’engagement sur la sécurité et la migration, l’amélioration du soutien pour le développement socio-économique, l'accroissement de la connectivité en termes de transport et d’énergie, le lancement d’une stratégie numérique pour les Balkans occidentaux et le soutien à la réconciliation et aux bonnes relations de voisinage. Au total, la Commission européenne propose 57 initiatives à mettre en œuvre d’ici 2020.
En plus, la Commission plaide pour une participation accrue des Balkans occidentaux à des Conseils informels et pour des contacts réguliers au niveau ministériel. « À l’issue du sommet des Balkans occidentaux qui se tiendra à Sofia en mai 2018, les dirigeants de l’UE devraient poursuivre leur dialogue avec leurs homologues dans ces pays, y compris dans le cadre des sommets », ajoute la stratégie. La Commission prône aussi des dialogues étendus et approfondis concernant la politique étrangère, de sécurité et de défense commune.
De même, selon la Commission, l’Union devait être préparée à accueillir « de nouveaux membres, notamment d'un point de vue institutionnel et financier, dès que ceux-ci rempliront les conditions nécessaires ». Elle entend ainsi réallouer 500 millions d’euros des fonds de préadhésion, qui concernent les Balkans occidentaux et la Turquie, pour 2019 et 2020.
Selon Mme Mogherini, « 2018, en particulier le premier semestre, pourrait être un tournant » pour la perspective des Balkans occidentaux dans l'UE. Cette stratégie devrait être discutée dès la semaine prochaine au Conseil Gymnich, puis lors du Conseil européen de mars. En mai, les dirigeants des six pays et des 28 se réuniront à Sofia pour le Sommet UE-Balkans occidentaux et en juin, le Conseil européen devrait se pencher de nouveau sur les Balkans.
Soutien des députés européens
Lors de la présentation de la stratégie en plénière, la quasi-totalité des chefs de groupe s’est prononcée en faveur de l’adhésion des Balkans occidentaux, tout en rappelant que ces adhésions se feraient à la lumière des critères préétablis. « Les Balkans occidentaux ont pleinement leur place dans l'UE », a résumé Charles Tannock (CRE, britannique), alors que, pour les Verts/ALE, le Slovène Igor Šoltes a rappelé que cette adhésion serait aussi bénéfique pour l’UE, car, sans ces six pays, « il n'y aura pas d'UE stable et pacifique ». « L'Union européenne ne sera pas achevée tant que les Balkans occidentaux n'auront pas adhéré à l'UE », a renchéri, pour le S&D, le Roumain Victor Boştinaru pour qui l’UE est leur seul partenaire crédible dans la région. Il a cependant mis en garde contre des mots qui ne seraient pas suivis d’actions. Ces mots « doivent être soutenus par des initiatives concrètes, des programmes et des investissements dans la région », a-t-il prévenu.
Pour le PPE, l’Allemand David McAllister a précisé que, si « la Commission montre la voie à suivre pour que ces pays puissent adhérer à l'UE », « le calendrier dépend du respect de conditions strictes », telles que le respect de l’État de droit, la lutte contre la criminalité organisée ou la résolution des conflits bilatéraux, reprenant ainsi les grands thèmes de la stratégie. Même son de cloche chez le Slovène de l’ADLE Ivo Vajgl.
Mais pour que ces pays avancent, l’UE devra les soutenir, explique pour la GUE/NGL, le Chypriote Takis Hadjigeorgiou. « Nous devons aider ces pays à construire la démocratie, à lutter contre la corruption, à mettre de côté le nationalisme. Il ne faut pas leur imposer des politiques qui ne leur seraient pas bénéfiques », a-t-il ainsi expliqué.
À contre-courant des autres groupes, le Britannique du ELDD, James Carver, s’est prononcé contre l’élargissement de l’UE vers les Balkans, le qualifiant d’« impérialisme » et de « néocolonialisme ».
La stratégie est disponible à la page : http://bit.ly/2E4wT7G . (Camille-Cerise Gessant avec Mathieu Bion)