Plusieurs députés européens sont montés au créneau, lundi 5 février, contre la décision de la Commission de placer la Tunisie sur une liste noire européenne des juridictions à risques en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
La Française Marie-Christine Vergiat (GUE/NGL) a évoqué sa « surprise et son incompréhension » face à ce choix. C’est elle qui a déposé, pour un vote en plénière jeudi, une motion de rejet de l’acte délégué proposé en décembre par la Commission (EUROPE 11950).
« Quel signal envoyons-nous aux investisseurs et aux créanciers de la Tunisie ? », s’est-elle interrogée, rappelant que le partenaire de l’UE restait « fragile économiquement » et avançait toujours « pas à pas dans sa transition démocratique ».
Le Roumain Cristian Dan Preda a indiqué que son groupe, le PPE, n’avait pas pu prendre de décision sur ce dossier. « Chacun votera selon sa conscience », a-t-il expliqué. Il a aussi défendu le Sri Lanka, qui se retrouve, aux côtés de la Tunisie et de Trinité-et-Tobago, sur la proposition de liste noire.
Pour le S&D, la Française Pervenche Bérès et la Portugaise Ana Gomes ont appelé la Commission à développer une approche plus autonome par rapport au Groupe d’action financière (GAFI). C'est ce qu'a aussi reproché le ministre tunisien des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, lundi dans une interview à EUROPE (EUROPE 11954).
La Tunisie a été très active auprès des députés européens ces dernières semaines, en multipliant les contacts pour faire rapport des efforts accomplis dans la lutte contre le blanchiment. Certains députés auraient aussi reçu des dattes et de l’huile d’olive tunisiennes.
Le vote au PE aura lieu jeudi. Mais la commissaire européenne à la Justice, Věra Jourová, reste à convaincre. Lundi soir, elle a souligné que la Tunisie présentait toujours des lacunes stratégiques. « Nous devons remplir notre responsabilité de protéger l’UE et son système financier », a-t-elle dit. Selon elle, le calendrier du retrait du pays de la liste « dépendra des progrès tunisiens ». La liste n’a pas d’intention punitive, a-t-elle expliqué, assurant que cela ne nuirait pas « à notre politique de développement », ne restreindrait pas « notre relation commerciale » avec la Tunisie, ni ne bloquerait « nos transactions financières ». (Elodie Lamer)