Le directeur du programme sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’EastWest Institute, Kawa Hassan, a estimé, jeudi 23 novembre, que l’UE avait un rôle à jouer en Irak, même si plusieurs députés européens se sont montrés plus sceptiques sur le pouvoir d’influence de l’Union sur le pays.
« Il faut toujours être humbles et modestes, mais cela n’empêche pas d’être ambitieux. L’UE a une force d’influence, ce n’est pas les États-Unis ou un autre acteur important, mais elle a un pouvoir d’influence, de conviction », a-t-il expliqué lors d’une audition au Parlement européen. « C’est maintenant qu’il faut être actif et se tourner vers la société irakienne, trouver des poches de changement où l’on peut avoir une influence », a-t-il ajouté.
M. Hassan a rappelé que, bien qu’il y ait eu de grandes victoires militaires, « les difficultés restent monumentales » pour le pays, notamment concernant les finances ou le manque de services de base. Ainsi, si, pour lui, c’est au pays de résoudre les principaux problèmes, « la communauté internationale, dont l’UE, peut jouer un rôle constructif ».
Selon le directeur, l’UE peut jouer un rôle dans de nombreux domaines. M. Hassan a insisté sur la lutte contre la corruption. « Si on veut être efficace à long terme, il faut s’attaquer aux problèmes structurels, dont la corruption (…) à tous les niveaux. (…) Il faut lutter contre la corruption par le haut, mais pour cela il faut des institutions indépendantes », a-t-il expliqué. Le directeur a ajouté que l’UE pouvait « faciliter le transfert de pouvoirs entre les partis au pouvoir en s’engageant dans des élections libres et équitables ». Enfin, pour M. Hassan, l’UE pourrait avoir un rôle de médiateur dans les relations entre le gouvernement fédéral et le Kurdistan irakien. Il a souhaité qu’elle soit « à l’origine des négociations ».
La mission PSDC s'installe à Bagdad
De son côté, le commandant adjoint des opérations civiles et chef d'état-major au Service européen pour l’action extérieure, Bert Versmessen, a annoncé que les premiers membres de la mission de politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’UE en Irak, dont son chef, étaient arrivés à Bagdad le 17 novembre et que le reste de l’équipe sera déployé après une formation la semaine prochaine à Bruxelles. Au total, l’équipe de cette mission, chargée d’assister les autorités irakiennes dans la mise en œuvre des aspects civils de la stratégie nationale de sécurité, sera composée de 51 membres : 36 européens et 15 locaux. « Il sera difficile d’avoir des résultats sur un mandat si court, de douze mois », a reconnu M. Versmessen, qui a précisé que l’UE avait une approche « prudente et progressive ». « Il est important de savoir ce que l’UE peut faire et de tirer les leçons de la mission PSDC en Afghanistan », a-t-il ajouté, précisant qu’en Afghanistan la mission européenne avait compté jusqu’à 400 personnes. « Il y avait de grandes ambitions, mais on a eu du mal à obtenir les résultats escomptés », a-t-il reconnu. (Camille-Cerise Gessant)