Andrew Tabler, spécialiste de la Syrie à l’Institut pour le Proche-Orient de Washington, a estimé, lundi 6 novembre devant les députés européens de la commission des Affaires étrangères, puis mardi 7 devant la presse, qu’il fallait prendre des sanctions concernant l’utilisation des armes chimiques par le régime de Damas.
« Il y a un besoin immédiat d’imposer des sanctions de l’UE et des États-Unis concernant l’utilisation par le régime syrien d’armes chimiques », a-t-il expliqué, alors que la mission d’enquête conjointe des Nations unies et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a conclu, le 26 octobre, à la responsabilité du régime syrien dans l’attaque de Khan Cheikhoun, qui a causé la mort de 83 personnes le 4 avril en indiquant que « les informations obtenues constituent des preuves crédibles et fiables ».
M. Tabler a aussi souhaité que les Européens fassent pression pour que les personnes qui ont commis des crimes de guerre soient mises face à leurs responsabilités. « En envoyant un message sur les crimes de guerre, on montrera que l’on ne reviendra pas à la situation d’avant », a-t-il expliqué. Selon cet expert, qui travaille sur la Syrie depuis 16 ans, un certain nombre de représentants ont pensé que parler trop tôt des crimes de guerre aurait limité les options pour que Bachar Al Assad quitte le pouvoir et pourrait être contre-productifs. Mais la poursuite de la guerre et de la brutalité « a rendu bien plus impératif que la question des crimes de guerre soit ouverte », a-t-il estimé. Il a toutefois reconnu qu’en raison du nombre de parties internationales au conflit, une enquête sur les crimes de guerre pourrait toucher toute une série de pays.
L’expert a aussi estimé que les pays occidentaux devaient mettre l’accent, « à court terme », sur la stabilisation des zones où les Occidentaux ont des liens, notamment où sont présentes les forces démocratiques syriennes, des zones dans le sud-ouest de la Syrie « où l’aide de l’UE et des États-Unis aux ONG et à d’autres organisations ont développé des alliés de confiance », a-t-il expliqué. Selon lui, les mêmes règles devraient ensuite s’appliquer pour la reconstruction. M. Tabler a estimé qu’il y avait l’opportunité de conditionner les fonds pour la reconstruction à la transition en Syrie, car selon lui, le régime d’Assad et ses alliés n’ont pas de fonds pour la reconstruction. Selon M. Tabler, les pays occidentaux qui n’ont pas pris part au conflit « ont une possibilité de façonner l’avenir ».
Entretemps, M. Tabler a expliqué que l’UE devait poursuivre ses actions d’aide humanitaire.
« Les États membres doivent poursuive leur politique en coordination avec les États-Unis », a ajouté cet expert. « L’objectif particulier que nous avons tous en Syrie est un objectif particulièrement complexe, il ne s’agit pas uniquement de la résolution de la guerre, mais d’un règlement qui permette aux réfugiés de revenir de manière aisée », a-t-il expliqué. Les discussions de Genève pour trouver une résolution politique au conflit syrien devraient reprendre le 20 novembre. Si, selon M. Tabler, le gouvernement, tout comme l’opposition, ne semble pas changer de position, la pression internationale fonctionne et, si les États-Unis, la Russie et d’autres acteurs tels que l’UE pouvaient avoir le même agenda, il pourrait y avoir des résultats. « Mais ce sera bien plus difficile qu’on ne le pensait », a-t-il reconnu.
M. Tabler a aussi mis en garde contre un nouvel afflux possible de réfugiés. « Ce qui devrait immédiatement inquiéter l’UE » est la possibilité d'une nouvelle vague de réfugiés qui pourrait arriver depuis Idlib, via la Turquie, a-t-il expliqué. Les troupes du régime, soutenues par le Hezbollah et la Russie, demandent actuellement à la population de quitter la zone. (Camille-Cerise Gessant)