La Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a estimé nécessaire que l'Union européenne brise « un tabou » en reconnaissant sa responsabilité d'« ouvrir des canaux d'immigration légale », lundi 26 juin, à l'ouverture des Journées de la société civile qu'organise le Comité économique et social européen (CESE).
« Parfois, nous agissons comme si nous n'avions pas besoin de migration », a constaté la dirigeante politique. Faisant allusion aux mouvements constants de population à travers l'histoire et à la richesse des pays d'accueil à laquelle les migrants contribuent aussi, elle a estimé que, sans migration, « l'UE s'effondrerait ». Et de proposer au CESE de préparer un avis sur le « coût de la non-migration », à l'instar d'un avis sur le coût pour les citoyens européens de l'absence d'Europe.
Mme Mogherini a souhaité que les dirigeants politiques, les acteurs de la société civile et les médias soient en mesure de changer la nature du récit sur les questions migratoires, en utilisant les bons termes et en racontant aussi les histoires positives. « Aucun être humain n'est illégal sur terre », il y a juste des canaux irréguliers de migration, a-t-elle indiqué, par exemple.
Au niveau européen, il existe quelques canaux légaux de migration pour les ressortissants de pays tiers qui ne peuvent prétendre au statut de réfugié. Est en cours de révision la directive relative à la 'carte bleue', qui permet de délivrer des permis de travail à des personnes hautement qualifiées (EUROPE 11809).
Recul du populisme ou simple parenthèse ?
Prenant la balle au bond, le président du CESE, Georges Dassis, a promis de lancer le chantier sur le coût de l'absence de migration. Introduisant les échanges à venir sur la question du populisme en Europe, il a vu dans les résultats des échéances électorales aux Pays-Bas ou en France des messages d'optimisme, même si, selon lui, « on n'a rien gagné ». Si en Europe on ne fait pas tout pour protéger les citoyens, si on ne revient pas aux fondamentaux tels que la cohésion sociale, « une chose sera certaine : les populistes vont prendre le dessus », a-t-il prévenu.
Mme Mogherini a évoqué les prophéties de ceux qui, il y a un an, prédisaient le début de la fin de l'UE après la victoire des partisans du Brexit au référendum britannique. « Il y a eu une vraie réaction » à la tendance populiste, car les citoyens se sont focalisés sur ce qu'ils pourraient perdre s'ils jouaient avec le feu en termes de droits sociaux, économiques et politiques, a-t-elle estimé. (Mathieu Bion)