La création de fonds de sauvetage a permis à la zone euro de préserver la stabilité financière et aux cinq pays qui en ont bénéficié d'améliorer leur situation macro-économique et, à part la Grèce, de se financer à nouveau seuls sur les marchés financiers, a conclu le groupe d'experts 'Tumpel-Gugerell' dans un rapport remis jeudi 15 juin au Mécanisme européen de stabilité.
Le pare-feu a fonctionné, c'est un succès important, a estimé Gertrude Tumpel-Gugerell chargée de piloter les travaux d'experts visant à évaluer l'efficacité des plans de sauvetage dont ont bénéficié la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et Chypre pour une enveloppe totale de 300 milliards d'euros (hors 3ème plan d'aide grec).
L'ancienne membre du directoire de la BCE a estimé que l'élaboration des plans d'aide devait veiller à respecter la légitimité politique des mesures préconisées et accroître l'appropriation par les pays sous perfusion financière. D'après elle, un plan de sauvetage doit s'attaquer, dès le départ, à la consolidation du secteur financier national, environ « 50% » de l'enveloppe d'aide y étant généralement consacrée. Il doit aussi prévoir « un calendrier adéquat » pour la concrétisation des réformes structurelles imposées en échange de l'aide financière.
Le rapport constate également que certains instruments, tels que la recapitalisation bancaire directe, sont trop complexes pour y avoir recours. Il préconise en outre d'améliorer la transparence des plans de sauvetage via « un reporting public obligatoire » (ex : création d'une base de données publique).
Au nom du MES, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a indiqué que le fonds de sauvetage permanent de la zone euro allait reprendre à son compte nombre de recommandations inscrites dans le rapport. La question de l'intégration du MES, actuellement basé sur un traité intergouvernemental, dans le champ communautaire n'a pas été traitée dans le rapport, mais pourrait faire partie de discussions ultérieures entre pays de la zone euro sur le cadre de gouvernance des plans de sauvetage financier, a-t-il noté.
Convaincu du succès de l'approche prévoyant une aide financière conditionnée à des réformes structurelles, le directeur du MES, Klaus Regling, a annoncé que l'Espagne avait remboursé 1 milliard d'euros de façon anticipée, opération renforçant mécaniquement la puissance du pare-feu financier. Chypre et le Portugal veulent faire de même pour certains prêts octroyés par le FMI. (Mathieu Bion)