La Grèce et ses créanciers institutionnels ont marqué un accord, lundi 20 février, sur l'élaboration d'un paquet « substantiel » de réformes structurelles destinées à convaincre le FMI de participer au 3ème plan de sauvetage grec.
Un « accord exhaustif » a été marqué entre les 'institutions' (Commission européenne, BCE, FMI, MES) et la Grèce sur un « paquet substantiel de réformes », conformément au souhait du FMI, et cet accord permet aux experts de retourner à Athènes pour poursuivre les négociations avec le gouvernement grec, a déclaré le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe.
Ce paquet, dont l'ampleur en termes budgétaire sera calculée à la fin de la 2ème mission de suivi du plan d'aide, comprendra des mesures fiscales, touchera au système des retraites et au marché du travail. Notamment, Athènes devrait pouvoir rétablir le plein fonctionnement des conventions collectives « en ligne avec les meilleures pratiques européennes », a souligné M. Dijsselbloem, le calendrier et les conditions assorties à cette mesure devant encore être finalisés.
L'idée désormais promue par les créanciers d'Athènes est de concocter des réformes structurelles en profondeur susceptibles de dégager de nouvelles marges budgétaires qui pourraient ensuite être réinjectées dans l'économie grecque via d'autres mesures agréées d'un commun accord entre Athènes et ses créanciers. « La Grèce est sortie de la spirale de l'austérité », s'est félicité le ministre français des Finances, Michel Sapin.
Une situation budgétaire meilleure que prévu
L'Eurogroupe a constaté que la situation en Grèce était meilleure que prévu. D'après le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, l'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) grec - supérieur à 2% du PIB - a dépassé en 2016 l'objectif fixé pour la même année (+0,5% du PIB) et vraisemblablement déjà celui de 2017 (+1,75%).
Cette situation a de quoi rassurer les créanciers d'Athènes qui aimeraient aussi savoir ex ante comment le gouvernement grec entend recycler ses excédents budgétaires primaires à condition de respecter les objectifs fixés (+3,5% du PIB en 2018).
Une fois que les experts et le gouvernement grec auront défini les contours du paquet de réformes en gestation, l'Eurogroupe discutera de mesures d'allègement de la dette à moyen terme sur la base de l'accord politique marqué en mai 2016, a promis M. Dijsselbloem (EUROPE 11557).
Les Dix-neuf devront aussi expliciter ce que signifie maintenir un excédent budgétaire primaire à moyen terme au-delà de mi-2018 (+3,5% du PIB ou moins ? Sur quelle durée ?), une fois la Grèce sortie du plan d'aide. L'objectif est de rendre cette trajectoire « plus réaliste », a convenu M. Dijsselbloem. Sur ce point, « mon sentiment est que les choses se sont assouplies » grâce au retour de la « crédibilité » budgétaire en Grèce, a noté M. Sapin.
Sur le calendrier, l'Eurogroupe n'a pas souhaité fixer un objectif pour la finalisation de la 2ème mission de suivi du plan de sauvetage qui ouvrirait la voie à de nouveaux déboursements afin qu'Athènes puisse honorer un pic de remboursement de dette en juillet. Le plus tôt sera le mieux, notamment pour permettre au gouvernement de s'acquitter d'arriérés de paiement qui pénalisent l'économie grecque, a noté Klaus Regling, le directeur du Mécanisme européen de stabilité (MES) reconduit à son poste pour cinq ans.
Lundi, le MES a annoncé avoir reçu 2 milliards d'euros de remboursement de la part du gouvernement grec. Obligatoire par contrat, ce paiement fait suite à la cession par National Bank of Greece, l'une des banques grecques sujettes à la recapitalisation du secteur bancaire opérée en 2015, de sa filiale turque Finansbank à Qatar National Bank. « C'est un signe que la restructuration du secteur bancaire grec se poursuit de manière appropriée », a déclaré le directeur du MES, Klaus Regling. Dans le cadre du 3ème plan de sauvetage grec, le MES a financé la restructuration du secteur bancaire grec à hauteur de 5,4 milliards d'euros, une enveloppe de 25 milliards d'euros étant mobilisée à cet effet. (Mathieu Bion)