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Bulletin Quotidien Europe N° 11687
Sommaire Publication complète Par article 35 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1163

***   L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme – Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (« L’Adriatic », 81 rue de France, F-06000 Nice. Tél. : (33-4) 93979397 – fax : 93979398 – Courriel : europe.formation@cife.eu – Internet : http://www.cife.eu ). 2016, n° 379, 240 p., 20 €. Abonnement : 50 €.

Ce numéro de la revue fondée par Alexandre Marc, chantre du fédéraliste intégral, contient un riche dossier consacré à la validité persistante, de nos jours, du concept de « l’Europe des régions », en s’inspirant de l’interrogation que formulait le politologue Stanley Hoffmann en 1966 à propos de l’Etat-nation : « obsolète ou obstiné ? ». Ainsi que l’explique Frédéric Lépine qui en a assuré la coordination avec Matthias Waechter, le but poursuivi a été de faire le point, un quart de siècle après la création du Comité des régions décidée par les signataires du Traité de Maastricht, sur ce que sont devenues les régions d’Europe et sur le rôle politique et économique qu’elles jouent aujourd’hui, ces réalités étant confrontées aux aspirations originelles.

Cette mise en perspective est au cœur de la contribution de François Saint-Ouen. Secrétaire général du Centre européen de la culture fondé par Denis de Rougemont et chargé de cours à l’Institut d’études globales de l’Université de Genève, ce spécialiste du fédéralisme et de la construction européenne sous l’angle des collectivités locales et régionales commence par souligner que 43% de la population de l’Union vit aujourd’hui dans une Europe à… « trois niveaux de gouvernement », tant il est vrai que quelque 216,5 millions de citoyens européens vivent dans « 74 régions à pouvoir législatif », lesquelles estiment transposer pas moins de 70% de la législation européenne sans intervention du Parlement national. C’est sur la base des données fournies par le réseau transeuropéen que ces Parlements régionaux se sont doté, la « Conférence des assemblées législatives régionales européennes » (Calre), qu’il évalue l’évolution du facteur régional et la manière dont les régions à pouvoir législatif envisagent désormais leur insertion dans la construction européenne. Il montre ainsi l’intérêt bien naturel que ces régions attachent au principe de subsidiarité, ce penchant étant un peu moins prisé par les Etats membres que lorsqu’il s’agit pour eux de l’invoquer face à l’Union. Revenant sur l’idée originelle d’une « Europe des régions », ce fidèle de Rougemont rappelle que la « région ethnique » fondée notamment sur la langue « et qui perpétue finalement l’idée de frontières » n’est pas sans danger puisqu’elle « peut chercher à ressembler à un Etat-nation, (…) à se muer en mini Etat-nation ou Etat-nation en réduction », raison pour laquelle il lui préfère « la région transfrontalière » ou, mieux encore, « la région comme espace de participation civique ». Quoi qu’il en soit, François Saint-Ouen observe l’évidente montée en puissance d’un phénomène nouveau, à savoir « l’européanité des territoires », même des régions aspirant à l’indépendance situant celle-ci dans le cadre de l’Union. Toutefois, si le fait régional s’avère désormais incontournable dans le cadre de l’Union, rien de permet de penser qu’une véritable « Europe des régions » puisse émerger à court terme.

Katharina Crepaz revient, elle, sur les tendances séparatistes visibles dans certains Etats membres, se demandant notamment si un recours plus large au principe de subsidiarité ne serait pas susceptible d’endiguer ce phénomène. Suivent ensuite des études de cas : analyse comparée de l’Ecosse et de la Catalogne, analyse du résultat mitigé de la décentralisation espagnole pour diminuer les tensions, de l’impact des vagues récentes de migration sur les mouvements régionalistes, des situations qui se développent en Belgique, en Pologne ou en Suède. Deux dernières contributions sont consacrées à des instruments de l’Union susceptibles d’influencer le développement des régions. De ce tableau général découle le sentiment, selon Frédéric Lépine, que le contenu de l’identité régionale a évolué et correspond désormais davantage à « une identité fonctionnelle : à la fois un garde-fou de la subsidiarité face aux tendances centralisatrices des politiques publiques ; mais aussi un élément d’identité dans une globalisation croissante, par lequel les citoyens ont le sentiment de pouvoir encore agir sur le politique ».

Hors de ce dossier, il y a lieu de retenir aussi la réflexion que l’ancien député européen Jean-Antoine Giansily consacre aux leçons économiques, monétaires et politiques à tirer du Brexit. Il y dénonce notamment « la perversion du message humaniste » que portait le projet européen originel qu’a entrainée l’adhésion de la Grande-Bretagne, celle-ci étant parvenue à faire en sorte que le « laissez-faire, laissez passer » récusant tout interventionnisme de l’Etat dans l’économie devienne « le mot d’ordre de la Commission » sous les présidence de José Manuel Barroso, l’esprit du Traité de Rome ayant alors été trahi pour donner vie à un « système ouvert dont le maître-mot est cupidité ». Dans sa diatribe, il incrimine aussi des dirigeants nationaux, « destructeurs par ignorance, manque de maturité, ou tout simplement par incompétence dans un contexte où la cupidité était la vertu cardinale », ses propos n’étant pas plus aimables pour la plupart des pays ayant adhéré au cours de la première décennie du siècle. Si ses dénonciations sans fard peuvent être entendues, est-il par contre pertinent et, en tout cas, réaliste lorsqu’il propose de ne pas pleurer pour le Brexit, mais d’en profiter pour imposer l’euro à tous les Etats membres et d’en « finir avec les dérogations qui ne sont que des privilèges » ? Pas sûr que ce soit le cas… Michel Theys

***   Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5386996 – Courriel : secretariat@politique.eu.org – Internet : http://politique.eu.org ). Collection « Les hors-série de Politique ». Octobre 2016, n° HS25, 84 p., 4 €. Abonnement : 40 €.

Ce hors-série de la revue progressiste belge Politique est tout entier consacré à la 94ème Semaine sociale du Mouvement européen chrétien qui, cette année, avait pour thème cette question : « Au bord du gouffre, l’Europe ? » Ainsi que l’explique Pierre Georis, le secrétaire général du Mouvement, la « désillusion citoyenne » à propos de l’Europe procède, à gauche, de trahisons par rapport au dessein originel, notamment lorsque la chute du Mur de Berlin et « la fin de la menace communiste » a mis fin à l’obligation « d’être aimable à l’égard des politiques sociales ». Le temps de la « ruse résistante » incarnée par Jacques Delors face au thatchérisme étant révolu, comment s’étonner désormais si la jeune génération, confrontée depuis vingt ans « à une Europe punitive dans ses politiques économiques et sociales, ou veule dans la gestion de la crise des réfugiés », manifeste plus de défiance que d’enthousiasme face à l’Europe telle qu’on la construit de nos jours ? Pourtant, avance-t-il timidement, l’Europe reste « le pari raisonnable », le mouvement social observé à l’échelon européen pour contester la directive Bolkestein montrant que la société civile est capable, quand elle le veut vraiment, d’influencer l’orientation politique. A la question de savoir si le projet européen est désormais en danger, l’historien Vincent Dujardin constate que, hélas, « le socle de valeurs communes d’il y a 70 ans semble en voie d’évaporation », sans compter que la justice sociale et la solidarité qui étaient au cœur du projet des « pères fondateurs » sont remises en cause. Il importe par conséquent, selon celui qui préside l’Institut d’études européennes de l’Université catholique de Louvain, de se ressaisir d’urgence, cette obligation incombant en particulier à la Commission européenne, coupable d’avoir « longtemps perdu son pouvoir d’impulsion, son droit d’initiative », ce qui la fait devenir « une sorte de super secrétariat du Conseil, voire une énorme machine bureaucratique », ce qui a naturellement suscité la défiance à son égard… Plus positifs sont les exemples donnés d’outils européens efficaces. Toutefois, c’est plutôt le désenchantement qui prévaut dans les trois thématiques explorées par la suite, qu’il s’agisse des perspectives économiques, écologiques et sociales (Pascale Vielle se demande notamment si l’Europe sociale n’est pas « un oxymore », sa réponse n’incitant pas à l’allégresse…), la position géopolitique de l’Europe à la lumière cruelle de la crise migratoire ou, enfin, de l’état du mouvement social. C’est donc plus que jamais, observe Christian Kunsch, le président du Mouvement ouvrier chrétien, le temps de la résistance face à l’austérité, mais aussi celui de la créativité afin de proposer des alternatives. (MT) 

***   GEORGIOS DERTILIS : Sept guerres, quatre guerres civiles, sept faillites, 1821-2016. Editions Polis (33 Eolou Street, GR-10551 Athènes. Tél. : (30-210) 3643382 – fax : 3636501 Courriel : info@polis-ed.gr – Internet : http://www.polis-ed-gr ). 2016, 168 p., 14 €. ISBN : 978-960-435-524-2.

Professeur émérite d'histoire à l'Université d'Athènes et élu directeur des études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris, Georgios Dertilis – qui est aussi professeur invité aux Universités de Harvard et d'Oxford, ainsi qu’à l'Institut universitaire européen de Florence – met en lumière, dans ces pages, « les événements d'une histoire de deux siècles » qui s’est révélée, en Grèce, souvent dramatique, même si les échecs et les diverses expériences traumatiques – fatalité de la pauvreté et du mensonge, guerres civiles meurtrières… – ont été occultées et oubliées sous l’action de la démagogie. Par ce livre, l’auteur entend tout au contraire que ses lecteurs ouvrent grands leurs yeux sur les vérités historiques de leur pays et qu’ils puissent ainsi regarder ce qu’a été réellement leur pays, quelle que soient la répulsion et les remords que ce désagréable devoir de mémoire puisse susciter. L’important est, pour lui, que les citoyens grecs prennent conscience des causes des six premières faillites vécues par le pays de 1824 à nos jours afin de pouvoir en tirer les leçons pour la septième qui est en cours. L’important est aussi, explique-t-il, que les dirigeants politiques grecs prennent conscience des erreurs qui ont été commises afin de parvenir, cette fois, à éviter une… guerre civile en s’abstenant du recours si facile à la démagogie qui, toujours, un appel à la dictature sous le couvert, bien souvent, d’un pseudo-parlementarisme. Un livre que l’on reçoit comme un coup de poing dans le ventre et qui invite au sursaut… (AKa) 

*** ANASTASIOS-IOANNIS METAXAS (sous la dir. de) : La science politique, enquête interdisciplinaire et transversale sur le fonctionnement de la politique. Relations internationales : corrélations et dépendances (Vol 6). Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 492 p., 25 €. ISBN 978-960-08-0720-2.

Ce septième tome d’une étude qui en compte dix, tous coordonnés par Anastasios Metaxas, professeur émérite des Universités d’Athènes et du Péloponnèse, voit pas moins de vingt-trois spécialistes du monde académique s’intéresser aux relations internationales. Ils étudient tout particulièrement les corrélations et les dépendances qui sont le fondement de la politique internationale où que l’on soit sur la planète et qui, par conséquent, sont les éléments déterminants du comportement international des acteurs étatiques, que celui-ci soit conflictuel ou non. (AKa) 

***   MARIOS THRASIVOULOU : Le nationalisme des Chypriotes grecs. Les vues, les tendances et le rôle de la gauche. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Internet :  http://www.epikentro.gr ). 2016, 392 p., 18 €. ISBN 978-960-458-686-8.

Le nationalisme des Chypriotes grecs tel qu’il a prévalu de la naissance de cet Etat jusqu'à 1960 se trouve au cœur de cet ouvrage. Historien et lui-même acteur de l’histoire en tant que militant de la gauche, Marios Thrasivoulou ne procède pas à une description exhaustive des faits marquants de cette histoire mais analyse et interprète plutôt ceux qu’il considère avoir été cruciaux. Il s’intéresse ainsi tour à tour à l'attachement au nationalisme qui se manifeste lors de la Seconde Guerre mondiale, à la culture de la droite et l’Ethnarchie dans les décennies 1940 et 1950, à l’EOKA et à son idéologie, ce qui l’amène à discerner les deux tendances de la droite nationaliste chypriote grecque qui se sont manifestées au cours de la période 1959-1960. Il accorde aussi une attention particulière à la faiblesse de l’expression idéologique et politique autonome des classes bourgeoise et ouvrière, ce qui a permis aux "personnalités" d'avoir un rôle prépondérant dans le cours des événements. La lecture qu’il fait des cas de Makarios et de Grivas est très éclairante à ce propos. L'auteur consacre aussi une partie substantielle du livre à l'influence de la Grèce, principalement dans les années 1950, ce qui le conduit notamment à poser des questions de fond, entre autres celles de savoir de quelle manière Chypre a pu influencer les dirigeants grecs et comment ceux-ci ont, de leur côté, encouragé le nationalisme des Chypriotes grecs. Le comportement de la gauche grecque face au mouvement nationaliste de Chypre est analysé de manière approfondie aussi. Enfin, sachant que la droite a toujours été la force dirigeante du pays et qu’elle a été investie d'une plus grande responsabilité dans la tragédie ultérieure de Chypre, l’auteur entend aussi mettre en lumière position de Akel, le parti communiste chypriote, à la fois face au mouvement nationaliste et face aux Chypriotes turcs, tant il est vrai que la gauche a elle aussi joué un rôle dans le développement du nationalisme. De la sorte, il aborde une question qui relève toujours du tabou, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites. (AKa)

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