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Bulletin Quotidien Europe N° 11644
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CONSEIL DE L'EUROPE / Turquie

« Vous regardez la Turquie du dehors », assure M. Çavuşoğlu aux membres de l’APCE

C’est essentiellement un décalage de perception qu’a voulu souligner Mevlüt Çavuşoğlu, ministre des Affaires étrangères turc, lors de son allocution devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), mercredi 12 octobre à Strasbourg.

Évoquant la tentative de coup d’État du 15 juillet dernier, il a ainsi parlé de « véritable traumatisme » vécu par ses compatriotes qui ont vu « des armes payées par les contribuables se retourner contre eux, le parlement et le palais présidentiel bombardés et des chars tirer sur les gens ». En Europe, on n’a pas pris la mesure de la réponse attendue par les citoyens turcs, a-t-il dit en substance.

« L’État d’urgence est soutenu par plus de 80 % de la population », a ajouté le ministre avant de revenir, lors de l’échange avec l’assemblée, sur la question de la restauration de la peine de mort soulevée l’été dernier par le président Erdoğan. « Je suis moi-même contre », a-t-il précisé avant d’évoquer sa propre épouse qui lui a annoncé qu’elle serait « fâchée contre lui » s’il exprimait sa position car elle-même était devenue « pour » la peine capitale. « J’ai mis deux jours à la convaincre ainsi que ma fille », a poursuivi M. Çavuşoğlu, expliquant avoir voulu par cet exemple aussi inattendu que personnel donner la mesure de « l’ampleur du traumatisme ». « Il faut du temps pour pouvoir réfléchir de manière sereine », a-t-il aussi considéré.

Le choix de recourir à l’article 15 de la Convention européenne des droits de l’homme afin de pouvoir déroger à certains des droits qu’elle garantit a été imposé par des « circonstances particulièrement difficiles », a expliqué le ministre. Il a rappelé que la France avait fait de même après les attentats de Paris de janvier et novembre 2015 alors que la Turquie qui en a subi plus de dix en une année ne l’a fait qu’après la tentative de coup d’État. Et M. Çavuşoğlu d'ajouter : « L’organisation Gülen est clairement à l’origine de la tentative de ce coup d’État et elle a infiltré toutes les institutions. Certaines des personnes arrêtées ne faisaient pas partie du complot mais étaient liées à cette organisation terroriste. Il faut mettre un terme à cela. Nous n’avons jamais été confrontés à une situation aussi compliquée. La population ne pense pas que la menace n’existe plus, c’est de la responsabilité du gouvernement de prendre des mesures dans le respect de la Constitution, chacun peut exprimer des recours et 3000 personnes ont pu réintégrer leurs fonctions parce que, c’est vrai, des erreurs ont été commises. »

Toutefois, a ajouté le responsable turc, « si nous pouvons avancer dans les trois prochains mois, nous mettrons fin à l’état d’urgence ». Une décision réclamée dans un Mémorandum du commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe (COE) publié la semaine dernière et que M. Çavuşoğlu a promis, lors d’un entretien ultérieur avec la presse, d'« étudier attentivement ». Il a aussi assuré que la Turquie donnerait son accord à la publication du dernier rapport élaboré par le Comité de prévention contre la torture et les traitements dégradants du COE.

Pour les ministre des affaires étrangères de Turquie – qui fut par ailleurs président de l’APCE entre 2010 et 2012 – il s’agissait aussi de rassurer ses auditeurs quant à la volonté de son gouvernement de poursuivre la collaboration avec le COE au travers de ses groupes d’experts et de la 'Commission européenne pour la démocratie par le droit', dite 'Commission de Venise', elle-même organe consultatif du COE. Ce sera le cas, a-t-il assuré, comme il l’avait déjà fait le 10 septembre dernier, lors d’une rencontre avec Thorbjørn Jagland, secrétaire général de l’institution et la ministre des Affaires étrangères de l’Estonie, pays actuellement à la tête du Comité des ministres.

Visas. Interrogé par ailleurs sur la question de la libéralisation des visas qui pèse sur les relations entre la Turquie et l’Union européenne, Mevlüt Çavuşoğlu a souligné que son pays avait pour sa part « respecté tous les accords sur l’immigration illégale » mais n’avait pas vu « ses propres attentes satisfaites ». « Le contexte terroriste ne permet pas de souscrire aux 72 critères définis. Le processus est difficile mais nous espérons arriver à une feuille de route », a-t-il ajouté défendant au passage la « liberté d’expression » d’un Erdoğan « peut-être trop franc, trop sincère mais qui dit la vérité » quand il déclare que la situation n’est pas « équitable ».

Revenant sur la question de la liberté de la presse à la fin de son échange avec l’APCE, M. Çavuşoğlu a assuré que les journalistes arrêtés ne l’étaient « pas parce qu’ils étaient journalistes ». Le malentendu est grand, a-t-il assuré. Et de conclure: « Vous regardez la Turquie du dehors. Vous n’y êtes pas. Je respecte votre liberté d’expression mais la population turque a l’impression que vous êtes du côté des putschistes quand vous parlez comme ça. » (Véronique Leblanc)

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