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Bulletin Quotidien Europe N° 11642
Sommaire Publication complète Par article 39 / 39
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1154

***    SYLVIE GOULARD : Goodbye Europe. Flammarion (87 quai Panhard et Levassor, F-75647 Paris cedex 13. Tél. : (33-1) 40513100 – Internet : http://www.editions.flammarion.com ). Collection "Café Voltaire". 2016, 136 p., 12 € (France). ISBN 978-2-0813-8545-0.

Sans doute beaucoup de lecteurs de la Bibliothèque européenne de l’Agence Europe n’ont-ils pas attendu cette recension pour se décider à acheter ce livre. Ils ont bien eu raison, la Bibliothèque européenne les ayant, pour l’occasion, fait accidentellement – mais coupablement – lanterner. Cet ouvrage d’une eurodéputée française qui ne cesse de se distinguer par la constance et l’indépendance de son engagement européen aurait idéalement dû être lu avant le référendum qui a vu les Britanniques opter pour le Brexit. Les éclairages qu’il apporte, les analyses aussi pertinentes que décapantes qu’il enfile au fil des pages le prémunissent toutefois d’une obsolescence rapide, quand bien même sa lecture risque de provoquer des grimaces rétrospectives chez ceux qui ont choisi de prêter l’oreille aux boniments mensongers des Boris Johnson et autres Nigel Farage…

Passons sur le fait que Sylvie Goulard n’a pas, dans ces pages, de mots assez durs pour stigmatiser le « traitement de faveur » qui avait été consenti à David Cameron afin que son pays daigne rester dans l’Union. Le jour où, en février dernier à Bruxelles, a été conclu « à la sauvette un nouvel arrangement pour le Royaume-Uni dans l’Union européenne », les chefs d’État et de gouvernement de celle-ci ont, à entendre le raisonnement de l’auteure, tout perdu, à commencer par l’honneur. Le leur et celui de l’Union elle-même, ravalée au rang de poupée gonflable adaptable aux fantasmes de ses membres les plus exigeants. Arrêtons-là sur le sujet, puisque ce funeste arrangement a été rendu caduc – grâce en soit rendue aux talents mensongers de Johnson et Farage – par le verdict rendu par le peuple britannique. Toutefois, l’os qui reste à ronger est de savoir comment on a pu en arriver à ce niveau de reniement par rapport au projet des pères fondateurs de la construction européenne. Voilà pourquoi ce livre reste d’une totale actualité !

La cible visée par la parlementaire européenne a pour cœur le Conseil européen, cette enceinte de chefs d’État et de gouvernement qui a su profiter de la crise des dernières années pour mettre « l’Europe – communauté unie, solidaire, démocratique – (…) sous le boisseau ». Pire encore, fulmine-t-elle, « par leurs hésitations et leurs arrangements opaques, ceux-là mêmes qui devraient fortifier l’Europe sont devenus les artisans de son malheur ». En clair, parce qu’ils ne se sont plus contenté de donner des impulsions stratégiques afin que l’Union européenne puisse se développer harmonieusement et traverser sans encombre les tempêtes, ils sont devenus « un monarque absolu inefficace », lequel ramène aussi les Européens « au temps de l’Ancien Régime », quand il n’était pas question de séparation des pouvoirs ni de démocratie… Et Sylvie Goulard de lancer, assassine : « En faisant main basse sur l’Europe, les dirigeants nationaux assoient leur pouvoir mais ne servent ni l’Europe ni l’intérêt national ». C’est l’évidence !

C’est l’évidence, mais que faire alors ? Evidemment, ne surtout pas prêter attention aux sornettes propagées par les eurosceptiques et autres chantres du retour à la grandeur nationale. Le propos d’un patron allemand qui est rapporté par l’auteure marque bien l’inanité de leurs discours : « L’Allemagne est à la Chine à peu près ce que la Bosnie-Herzégovine est à l’Allemagne. Si l’Europe ne s’unit pas, Pékin risque d’accorder à l’avenir à l’Allemagne le même degré de considération que Berlin accorde aujourd’hui à l’État bosniaque ». Non, le monde change et même les ex-puissances européennes peineront à se faire entendre, même l’Eglise catholique ayant pris le parti, sous François, de réduire le poids des cardinaux européens lorsqu’il s’agira de lui trouver un successeur. Il faut donc muscler l’Europe pour que ses États membres continuent à exister sur la scène mondiale. Comment faire ? Sylvie Goulard avance quelques pistes à cette fin. Incontestablement, elles sont marquées du sceau du bon sens et méritent, à ce titre, d’être méditées. Elle pense toutefois que « le sursaut ne viendra pas du niveau européen » et que, aujourd’hui comme hier, « ce sont les États qui détiennent la clé de l’Europe de demain ». Sans doute n’a-t-elle pas tort, mais ne mésestime-t-elle pas un autre facteur, à savoir la colère des Européens frustrés que l’on trouve désormais dans tous les États membres ? Puisque la sagesse populaire dit qu’un bien peut naître d’un mal, pourquoi écarter l’idée qu’un peuple de « frustrés d’Europe » puisse un jour se lever pour prendre les Bastilles nationales au nom de l’Europe bien comprise? Michel Theys 

***  PANAYIOTIS IOAKEIMIDIS (sous la dir.de) : L'intégration européenne. Marche arrière ou progrès. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2016, 133 p., 9,54 €. ISBN 978-960-02-3225-7.

L'Union traverse une phase de transition et rencontre des défis multidimensionnels, ce qui montre qu’elle n’est pas préparée à les gérer efficacement. Dans ce livre dirigé par un professeur de relations internationales actif à l’Université d’Athènes, une dizaine de spécialistes académiques des questions européennes mettent leurs pensées à ce propos sur le papier. Les tendances centrifuges, la tentation de l'isolationnisme national, le manque de solidarité sur les questions clés et le renforcement des forces populistes sont autant de nouvelles données qu’ils prennent en compte et analysent. Les divergences politiques et économiques entre les Etats membres, associées à celles qui apparaissent désormais sur le plan social et menacent de redonner de la consistance aux stéréotypes nationaux, minent le projet européen tel qu’il a évolué jusqu’à ces dernières années. Malgré l'approfondissement institutionnel promis théoriquement par le traité de Lisbonne, de nombreuses décisions restent encore prises en petit comité, tandis que la « voix » des citoyens européens semble presque inaudible depuis le Parlement européen. Ces divers éléments alimentent bien sûr le sentiment d'aliénation que la société civile ressent par rapport « Bruxelles ». Il est clair que le modèle actuel d’Europe est tout sauf apprécié par les citoyens, ce qui fait que l’Union se retrouve autant secouée sur le plan intérieur qu’elle ne l’est du fait d’événements et de pressions extérieurs. (AKa)

***  OLGA GIOTI-PAPADAKI : L'intégration politique européenne et les politiques de solidarité. Editions Kritiki (4 rue Papadiamantopoulou, GR-11528 Athènes. Tél. : (30-210) 8211811 – fax : 8211026 – Courriel : biblia@kritiki.gr - Internet : http://www.kritiki.gr ). 2015, 368 p., 21,99 €.  ISBN 978-960-586-035-6.

L'Union européenne est un système transnational en évolution constante. Des pans de souveraineté y sont partagés par les Etats membres et sont gérés par des institutions supranationales. La relation entre ces derniers continue de varier au fil du temps à la lumière de la disponibilité des peuples à promouvoir le processus d’intégration – et, surtout, de la manière dont les gouvernements s’expriment en leur nom. Olga Gioti-Papadaki, professeur agrégé au Département du Développement économique et régional de l'Université Panteion d’Athènes, observe dans ce livre que ce processus est aussi le fruit d'une interdépendance qui n’a cessé de croître au cours du demi-siècle écoulé. Bien que le schéma constitutionnel ait été pour l’essentiel préservé, les Etats membres ont transféré au fil du temps une partie importante de leurs pouvoirs et prérogatives aux institutions supranationales, limitant de ce fait volontairement leur indépendance. Afin de maximiser les effets positifs de l'intégration européenne, il convenait toutefois de renforcer la cohérence globale de l’ensemble, en particulier suite aux élargissements successifs. Pour l’auteure, sans politique appropriée, l’Union se serait sinon transformée en un ensemble hétérogène. Il faut noter que le livre est ponctué par une vaste bibliographie. (AKa)

*** ANASTASIOS-IOANNIS METAXAS (sous la dir. de) : La science politique, enquête interdisciplinaire et transversale sur le fonctionnement de la politique. Les conditions des termes, les normes épistémologiques et les garanties de recherche (vol. 1). Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 163 p., 10 €. ISBN 978-960-08-0713-4.

Cette étude réalisée par d’éminents universitaires pour le Centre Constitutionnel européen se décline en dix volumes, tous coordonnés par Anastasios Metaxas, professeur émérite des Universités d’Athènes et du Péloponnèse. Dans le premier, les auteurs traitent des conditions épistémologiques considérées comme des connaissances essentielles pour une compréhension de la politique qui soit scientifique, multidisciplinaire et synchronique. Selon les auteurs, cette approche est requise si l’on veut « expliquer », mais mieux encore comprendre, la vie politique. La problématique est abordée à la lumière : i) d'une définition générale préalable de la politique ; ii) du passage de la notion d'« intérêt public » à celui d'intérêt commun ; iii) de l'insertion du sujet expérimental dans l'Histoire générale comme inévitable cadrage dialectique cadrage ; iv) du fait approché comme une tentative de diagnostic clinique ; v) de la dénationalisation des cadres perceptifs ; vi) de la rhétorique ultérieure relative à une obligation ; vii) de la pertinence de la discrimination sectorielle formelle ; viii) de la nécessité de recourir à une synergie multidisciplinaire et interdisciplinaire ; ix) de l’aide de l'approche adjacente ; x) de la sauvegarde et l’assurance de l'expression libre comme preuve de la crédibilité de la recherche. Il va de soi que cet ouvrage comme les neuf autres qui le suivront s’adressent à des personnes qui maîtrisent les concepts propres à la science politique. Anastasios Metaxas précise que ceux-ci se voient ainsi offrir un corpus de propositions, chaque lecteur étant appelé à en faire la lecture critique qu’il juge appropriée. (AKa)

***  CHRISTODOULOS GIALLOURIDIS, MERSILLIA ANASTASIADOU : La théorie et la pratique. Chypre à l’heure ultime. Editions Sideris (116 rue Solonos, Gr-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr.). 2016, 376 p., 28 €. ISBN 978-960-08-0705-9.

L'étude présentée dans ces pages par deux membres du monde académique aborde le problème de Chypre dans le contexte de l'évolution du monde, à la lumière de la situation de l’île dans le sud de la Méditerranée et à proximité du Moyen-Orient, tout en tenant compte de ce qu’il s’est passé en Europe et dans la politique internationale au cours des 20ème et 21ème siècles. Le Pr. Christodoulos Giallouridis, doyen de l'École des hautes études internationales à l'Université Panteion d’Athènes dont il est également le directeur du Centre d'études orientales, et Mersileia Anastasiadou, chercheur au Département des études régionales, européennes et internationales de la même Université, partent du constat que les approches théoriques des relations internationales et la politique appliquée dans la pratique internationale sont utiles pour prendre la mesure d’un environnement international complexe, chaotique et conflictuel.  Ils observent que l’approche du réalisme politique a prévalu tant en Grèce qu’en Turquie, les deux pays n’ayant jamais cessé de vouloir défendre leurs intérêts nationaux. Or, cette posture n’est valable que si elle est couplée à l'affichage d’une puissance analogue… Les auteurs présentent leur étude comme un avertissement scientifiquement structuré visant à ce que les dirigeants politiques ne soient pas surpris par les événements qui peuvent survenir. Pour les dirigeants, les intellectuels et les leaders d’opinion chypriotes, il est important de savoir que les pays tiers, ennemis comme amis, ne se positionnent qu’à partir de leurs propres intérêts, de leur propre stratégie. La défense de l'intérêt national ne peut donc pas être dictée par d'autres que les Chypriotes eux-mêmes. La négociation en vue d’un règlement de la question chypriote doit impérativement être abordée dans ce contexte et dans des conditions d'équivalence, ce qui nécessite des alliances et d’attendre le moment opportun. (AKa)

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