À deux semaines de son référendum sur les futures politiques migratoires européennes, le gouvernement hongrois est venu lundi 19 septembre à Bruxelles défendre sa vision d’une UE sans « quotas » obligatoires d’accueil de demandeurs d’asile et critiquer la politique des institutions, qui viole, selon lui, la souveraineté des États membres.
« Nous aimerions que les institutions européennes entendent notre message », a martelé Zoltán Kovács, porte-parole du gouvernement hongrois, dont le pays, avec la Slovaquie, la Pologne ou la République tchèque, a le sentiment de ne pas être assez pris en compte et souhaiterait modifier « la prise de décision » en Europe, qui se résume, selon lui, trop souvent à une forme de décision « self-made».
Tenant à préciser que le référendum du 2 octobre ne portait pas sur les décisions de relocalisation prises en 2015 ni sur les quotas de personnes à accueillir alloués à la Hongrie, mais sur les politiques à venir, « nous considérons toujours ces décisions illégales », a-t-il affirmé. Et pointant à nouveau le doigt vers la Grèce qui ne « remplit pas ses obligations », comme en 2015, M. Kovács a aussi souligné que la Hongrie n’avait pas l’intention de reprendre les demandeurs d’asile arrivés en 2015 dans certains pays membres après avoir transité par la Hongrie. « Nous n’avons pas à prendre la responsabilité pour les autres » et leurs manquements.
Un résultat contraignant en Hongrie
Selon le gouvernement hongrois, il s’agit essentiellement, par ce référendum, de faire entendre un message aux institutions européennes qui, selon le porte-parole, ne tiendraient pas suffisamment compte de l’avis des pays de l’Est de l’UE, pourtant économiquement crédibles. Le Parlement hongrois aura l’obligation, après le vote, de transformer le résultat en acte juridiquement contraignant. Et ce message sera « inévitable » pour l’UE, a-t-il encore indiqué. Il s’agit aussi de rappeler aux États membres qu’en matière de relocalisation, le Conseil européen avait acté un principe de répartition volontaire (les 23 avril et 26 juin 2015) et que les ministres ont ensuite adopté un acte contraignant, proposé par la Commission à deux reprises.
« La Commission nous a piégés », a insisté Zoltán Kovács qui rappelle que le Traité est clair en matière de migration et que « le peuple hongrois n’a jamais accepté » de transférer des compétences en la matière. La déclaration et la Feuille de route de Bratislava adoptées par les Vint-Sept le 16 septembre ne sont pas, non plus, pleinement satisfaisantes, a encore critiqué Zoltán Kovács (EUROPE 11626). « Nous n’avons pas été capables de changer » la position des pays de l’Ouest sur la migration, a-t-il dit.
La chancelière allemande Angela Merkel a pourtant semblé lâcher du lest sur les plans de relocalisation à l’issue de la réunion informelle des Vingt-sept et Jean-Claude Juncker lui-même a reconnu, le 14 septembre dans son discours sur l'état de l'Union, que la solidarité ne pouvait pas être « imposée ». Pour Budapest, cela ne signifie pourtant pas forcément que les décisions de relocalisation font partie du passé. Les porte-parole de la Commission martèlent d’ailleurs « qu’elles restent toujours sur la table », ajoute le porte-parole.
« Voulez-vous que l'Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l'approbation du Parlement hongrois ? ». C’est à cette question que devront répondre le 2 octobre les électeurs hongrois. Mais ce référendum ne porte en aucun cas sur « une sortie ou un maintien » du pays dans l’UE, a tenu à observer le porte-parole. Même si, a-t-il remarqué, le ‘Brexit’ constitue à ses yeux un « résultat des mauvaises politiques faites à Bruxelles ». Le référendum du 2 octobre aura d’ailleurs comme autre objectif de « clarifier le rôle et la souveraineté des institutions européennes ». (Solenn Paulic)