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Bulletin Quotidien Europe N° 11627
Sommaire Publication complète Par article 27 / 27
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1151

***    MARIO TELÒ, LOUISE FAWCETT, FREDERIK PONJAERT (sous la dir. de): Interregionalism and the European Union. A Post-Revisionist Approach to Europe’s Place in a Changing World. Ashgate Publishing Ltd (Wey Court East, Union Road, Farnham, Surrey, GU9 7PT, UK. Tél. : (44-1235) 400400 – fax : 400401 – Courriel : book.orders@tandf.co.uk – Internet: http://www.ashgate.com ). Collection "The Globalisation, Europe, Multilateralism Series". 2015, 455 p., 30 £. ISBN 978-1-4724-7323-3.

Nouveau fruit d’un projet de recherche multidisciplinaire sur la gouvernance multilatérale globale qui a été soutenu par la Commission européenne et a notamment impliqué onze universités d’un peu partout dans le monde, ce livre collectif convie à une appréciation innovante et mesurée du rôle que joue l’Union européenne dans la montée en puissance des relations interrégionales. Dès la préface, le Pr. Amitav Acharya (American University de Washington DC) observe ainsi que « l’approche post-révisionniste » qui est privilégiée par les auteurs les voit tout à la fois rejeter la prétention de l’Union à se présenter comme le « modèle universel » qui serait à copier partout dans le monde, mais réaffirmer « l’importance et la pertinence internationale de ses innovations et pratiques », tant il est vrai que ce club européen « reste le champion le plus important et le plus fort de l’interrégionalisme ». Or, ajoute le politologue américain, dans le « monde multiplex » qui est le nôtre désormais, plus complexe qu’il ne l’a jamais été, l’interrégionalisme est plus indispensable que jamais. Ce concept est toutefois un mot-bateau, et c’est à le clarifier scientifiquement à la lumière des actions de l’Union que les auteurs s’emploient au fil des chapitres en cherchant tout à la fois à concilier plus que d’habitude les études européennes et les études comparatives du régionalisme et, d’autre part, à aller au-delà des perceptions que suscitent tant l’eurocentrisme que l’euroscepticisme.

Dans leur introduction, Mario Telò (ex-président de l’Institut d’études européennes de l’Université libre de Bruxelles où il a enseigné les relations internationales), Louise Fawcett (professeur de relations internationales à l’Université d’Oxford) et Frederik Ponjaert (chercheur et maître de conférences actif à l’ULB, à la KUL et à Sciences Po) expliquent que l’objectif poursuivi dans ces pages par les vingt-deux spécialistes ayant travaillé avec eux a été de voir dans quelle mesure les politiques interrégionales de l’Union ont amélioré ou entravé les promoteurs de la coopération régionale dans d’autres parties du monde. A cette fin, l’ouvrage est structuré en parties se focalisant sur différentes catégories de facteurs endogènes de la coopération régionale, à savoir les facteurs « de facto, de jure, cognitifs ou instrumentaux ». Auparavant, la première partie permet toutefois de préciser quelques dimensions clé de l’approche post-révisionniste du phénomène régionaliste. De quelle manière convient-il « comprendre et localiser le régionalisme européen dans le monde plus large du régionalisme et du multilatéralisme ? ». L’Union adapte-t-elle ses politiques internes et externes en fonction de ses relations avec d’autres régions et, dans l’affirmative, comment ? De quelle manière aussi « les autres groupements régionaux font-ils référence à l’expérience institutionnelle sans précédent de l’Union ? ». Voilà quelques-unes des questions auxquelles sont apportées, dans un premier temps, des réponses qui sont marquées du sceau de l’excellence scientifique, l’ouvrage tout entier s’adressant bien entendu à un public averti.

D’autres auteurs s’intéressent ensuite aux facteurs de facto de la coopération régionale, à savoir à des forces qui résultent de différentes formes d’intégration économique correspondant à des besoins du marché ou du commerce. Leurs études les conduisent dans le Sud-Est asiatique de la crise financière de la fin des années 90, en Amérique latine où l’Union développe des projets de coopération qui peuvent se concurrencer, enfin en Afrique à la lumière des Accords de partenariat économique. La partie suivante est consacrée aux facteurs de jure, à savoir les incitants politiques et juridiques qui peuvent accompagner l’interrégionalisme voulu par l’Union, par exemple pour promouvoir la démocratie ou pour parvenir à des accords sur le plan migratoire. Les auteurs, cette fois, s’emploient à vérifier si ces dialogues politiques en des matières hautement sensibles ont influencé les mécanismes de coopération et les environnements juridiques dans les régions partenaires, les réponses apportées l’étant à la lumière de résultats engrangés dans les rapports avec l’Asean, la Communauté de développement de l’Afrique australe et l’Union africaine. Un dernier chapitre voit aussi Ramona Coman et Frederik Ponjaert jauger l’influence de l’Union pour ce qui est de la promotion de la primauté du droit dans son voisinage d’Europe centrale et orientale. L’avant-dernière partie porte sur les facteurs « cognitifs » qui favorisent la coopération régionale, ce qui amène notamment des auteurs à jauger la validité de la stratégie de l’Union visant au respect des droits de l’homme en Asie, à mettre en lumière la manière dont les cultures peuvent influencer la compréhension de la coopération régionale et à observer la manière dont l’Union agit à travers ses Etats membres au sein de l’Assemblée générale des Nations unies, Barbara Delcourt relevant à cet égard qu’elle en arrive à devenir, du fait d’un positionnement stratégique « schizophrénique », un « partenaire incertain pour les autres projets régionaux ». La dernière partie portant sur les moteurs géostratégiques et géoéconomiques est tout aussi riche que les précédentes, tout comme le sont les conclusions générales tirées par les coordinateurs de l’ouvrage. Michel Theys  

 

***    EVRIPIDIS STILIANIDIS : Thrace : l'étape suivante... Editions Minoas (34 rue Korinthou et Davaki, GR-14451 Metamorphosi. Tél.: (30-210) 2711222 – fax: 2776818 – Courriel: info@minoas.gr – Internet : http://www.minoas.gr ). 2016, 352 p., 18 €. ISBN 978-618-02-0644-9.

En raison de son importance géopolitique et de la composition de sa population, il reviendra à la Thrace soit de susciter la reprise de l'économie grecque et de permettre à la Grèce de retrouver son rôle d'acteur régional, soit de devenir le problème majeur du pays dans les années à venir en cas de négligence et d’erreurs du gouvernement d’Athènes. Dans cette étude, le Pr. Evripidis Stylianidis (droit constitutionnel à l’Université de Hambourg), parlementaire élu en Thrace pendant près de vingt ans et plusieurs fois ministre dans des gouvernements de la Nouvelle Démocratie, aborde des questions sensibles telles que : - la vérité sur le statut juridique et réel de la minorité musulmane de Thrace ; - les erreurs et les réalisations de la politique grecque depuis « le principe de réciprocité dans le Traité de Lausanne » jusqu’aux « politiques de discrimination positive » ; - les raisons de la surprise positive de Recep Tayyip Erdogan lors de sa visite de la région en tant que Premier ministre turc ; - le rôle du Consulat général de la Turquie à Komotiní et la « confiance » en tant que catalyseur pour la consolidation d’une « société ouverte » (1) et l’amélioration des relations bilatérales gréco-turques ; - l'impact de la crise économique grecque sur le développement de la région, avec l'équilibre démographique et politique entre chrétiens et musulmans qui est à nouveau d’actualité avec la politique interventionniste de la Turquie cherchant à avoir un « co-commandement de la Thrace ». L’auteur formule également une proposition visant à faire de la Thrace une région idéale pour les investissements, ainsi qu’à renforcer son rôle géostratégique en utilisant ses avantages comparatifs que sont la consolidation de la société ouverte et l'ouverture croissante de son économie nationale aux marchés voisins. Evripidis Stilianidis rappelle que la Thrace, en dépit des sacrifices durables de son peuple, a toujours changé de mains non pas par des guerres, mais par des signatures au bas d’accords... Si Athènes et Ankara permettent à l’histoire de se répéter, elle a tout désormais pour devenir un « pont » de la Grèce vers l'Europe à l'Est.  (AKa)  

 

***    ELENI SELLA-MAZI : Bilinguisme, identité nationale et langues minoritaires. Editions Limon (2-4 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. :(30-210) 3227323 – Courriel : ekd.limon@gmail.com). 2016, 504 p., 38 €. ISBN 978-618-81984-1-8.

Professeur de linguistique générale au Département des langues étrangères, de traduction et d'interprétation de l'Université Ionienne, Eleni Sella-Mazi observe et examine, dans cet ouvrage, un large éventail de questions associées au bilinguisme et à l’utilisation de langues minoritaires, phénomènes qui ont été favorisés par le multiculturalisme dans le contexte de la mondialisation. Elle examine également en détail le paysage linguistique en Grèce et le bilinguisme dans la région gréco-balkanique. A travers ses recherches et ses références à la littérature scientifique, elle éclaire un sujet qui est très souvent au cœur de l’actualité et qui impose des distinctions claires et précises pour éviter toute confusion car, comme elle le note, la langue est dans l'âme et dans l'identité de chaque peuple. Pour elle, le bilinguisme et l’apprentissage d'autres langues constituent évidemment une richesse, mais à la condition absolument impérative qu’ils ne soient pas un instrument au service d’une mondialisation confisquée par certains. Une vaste bibliographie ponctue ce livre qui est sans conteste une contribution importante tant pour la communauté scientifique que pour un public plus large.   (AKa)

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