Les organisations représentant les autorités locales et régionales ont accueilli les différentes annonces faites par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, mercredi 14 septembre, avec une certaine circonspection.
La principale interrogation a porté sur l’annonce de doubler les capacités et la durée du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) (EUROPE 11624). Ainsi, Markku Markkula, le président du Comité des régions (CdR), tout en saluant l’initiative, a insisté sur le fait qu’il ne fallait certainement pas s’enfermer dans une structure descendante, qui mènerait « à plus de populisme et d’extrémisme ». Au contraire, M. Markkula a expliqué qu' « une meilleure Europe est une Europe de la cohésion » : les investissements doivent prendre pied au niveau local et doivent aussi être en faveur de la cohésion sociale, a-t-il insisté. À ses yeux, les instruments financiers ne peuvent être que des outils complémentaires à la politique de cohésion.
Un point de vue que partage la Conférence des régions périphériques et maritimes (CRPM), qui met pour sa part en garde contre toute tentation de remplacer la politique de cohésion par le FEIS. Le président de la CRPM, Vasco Cordeiro, a ainsi insisté sur la nécessité de faire de ce fond un outil intégré avec les autres fonds européens, et notamment ceux de la politique de cohésion. Spécificité de la CRPM oblige, le président a souligné en outre l’impératif de lier le FEIS aux investissements dans le secteur maritime.
Les organisations représentant les communes et les villes ont, pour leur part, sourcillé à l’annonce par M. Juncker de doter « chaque ville et village européens » d’une connexion sans fil à Internet gratuite d’ici 2020. Une déclaration quelque peu excessive, à en croire une source du Conseil des Communes et régions d’Europe (CCRE). Cette dernière a indiqué à EUROPE que la communication de la Commission prévoyait un programme concernant au mieux entre 6 000 à 8 000 communes, « soit un peu moins de 8% des collectivités locales dans l’UE » (91 534 collectivités locales dans l’UE). « Nous nous interrogeons par rapport à la procédure que la Commission entend mettre en place pour accéder aux fonds : premier arrivé, premier servi, ce qui pourrait avantager quelques collectivités par rapport à d’autres », nous a-t-elle confié. Les collectivités qui disposent de plus de personnel pourraient déposer en effet plus facilement leurs candidatures, selon elle.
La secrétaire générale d’Eurocities, Anna Lisa Boni, a jugé bonne la proposition de la Commission, mais, selon elle, il existe d’autres enjeux qui méritaient également des investissements européens, comme le chômage, la pollution de l’air, la mobilité durable, ou encore la crise des réfugiés, des priorités prévues dans le Pacte d’Amsterdam, adopté en mai dernier (EUROPE 11561). (Pascal Hansens)