Le discours du président de la Commission sur l’état de l’Union est attendu de pied ferme par les différents groupes politiques, dont les attentes divergent grandement, cependant, selon la conférence de presse des groupes politiques donnée mardi 13 septembre.
Ainsi, l'Allemand Manfred Weber, président du groupe PPE, a mis lourdement l’accent sur la dimension sécuritaire. Il attend « l’unité et non la division » sur une Union de la sécurité et de la défense remise sur le devant de la scène par la France et l’Allemagne, mais aussi sur le renforcement de la protection des frontières extérieures. Sur ce point, M. Weber a insisté pour que l’Union se dote au plus vite d’un système d’entrées et de sorties du territoire et pour qu'on avance rapidement sur la révision du régime des visas. Selon lui, l’UE doit lutter contre les migrants irréguliers et mettre en place un système européen pour avoir une vision d’ensemble des djihadistes qui circulent sur le territoire européen. À ses yeux, le sommet informel de Bratislava (EUROPE 11610) peut être l’occasion de progresser sur ces différents dossiers, étant donné que le Royaume-Uni ne sera pas à la table des négociations. Sur le volet 'croissance', le président du groupe a dit soutenir la poursuite du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) dans le cadre d’un nouveau plan Juncker.
C’est précisément le volet de l’emploi et de la croissance qui a été souligné par l'Italien Gianni Pittella, le président du S&D. Il attend du président de la Commission un discours « fort », qui fasse « date » dans l’histoire de la construction européenne. Pour le président social-démocrate, il faut renforcer le Plan Juncker et multiplier sa dotation par deux. Par ailleurs, il attend de M. Juncker l’annonce d’une modification à la hausse du Fonds d’ajustement à la mondialisation en multipliant son budget par trois. Enfin, il espère que le président de la Commission européenne prenne position sur la durabilité même du Pacte de stabilité et de croissance. M. Pittella s’est dit ébahi par la persistance presque « obsessionnelle » du PPE à ne pas remettre en question les plans de rigueur, nommant M. Weber. « Il faut parler de croissance et d’emploi, pas d’austérité », a-t-il martelé. Il espère en outre que la Commission s’engagera pour présenter une liste noire des paradis fiscaux, prendra position en faveur des lanceurs d’alerte (EUROPE 11601) et d’une révision du code de conduite des commissaires, à la lumière du récent cas de pantouflage de l’ancien président de la Commission (EUROPE 11621). Pour ce qui est du sommet de Bratislava, M. Pittella n’en attend pas grand-chose, le jugeant une « coquille vide » dénuée de contenu.
Du côté de l’ADLE, Guy Verhofstadt (belge) a salué les récentes déclarations de l’Allemagne et de la France pour une défense européenne. Il a espéré notamment que les États membres et le Conseil soutiendront ce projet et a rappelé le travail de son groupe sur ce projet publié plus tôt dans l’année. Pour lui, il faut s’appuyer sur les coopérations bilatérales déjà existantes entre les États membres et les intégrer dans le cadre d’Eurocorps, un corps d'armée regroupant des contingents de six États membres, pour construire progressivement une armée européenne intégrée.
Pour sa part, le Belge Philippe Lamberts, coprésident des Verts/ALE, est inquiet. À ses yeux, « Juncker ne semble pas avoir compris la mesure de la crise » et ne veut pas remettre en cause les accords commerciaux (TTIP et CETA), alors que ce sont « des machines à affaiblir les États ». Il espère néanmoins de la part du président de la Commission des déclarations sur le Pacte de stabilité. M. Lamberts a notamment abordé la question de la prise en compte des investissements, en soulignant toutefois que certains investissements étaient mauvais, à l’instar des aéroports régionaux construits en Espagne qui n’ont jamais été opérationnels. Sur l’avenir du Plan Juncker, il soutient certes le projet de son extension « dans l’espace et le temps », mais considère qu’il s’agit d’une solution seulement « homéopathique ». (Pascal Hansens)