Strasbourg, 06/07/2016 (Agence Europe) - Accusé de quitter le navire britannique en pleine tempête sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne qu'il a lui-même provoquée, l'europhobe Nigel Farage (ELDD, britannique) a confirmé, mercredi 6 juillet, qu'il souhaitait suivre les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne depuis son siège de député européen (EUROPE 11587).
M. Farage, qui a fait salle comble lors de sa conférence de presse à Strasbourg, souhaite faire pression sur le futur gouvernement britannique pour que celui-ci notifie rapidement l'article 50 sur le processus de sortie de l'UE. Celui qui a annoncé lundi 4 juillet qu'il quittait la tête du parti UKIP, a confirmé qu'il souhaitait encore siéger au Parlement européen en tant que co-président du groupe ELDD et ce jusqu'à la fin de son mandat. Objectif: faire entendre sa voix lors des négociations sur la sortie du Royaume-Uni.
L'élu britannique a répété qu'il avait accompli sa mission après la victoire des partisans du 'Brexit' lors du référendum britannique (EUROPE 11580). « Je me sens plus libre et je vais travailler avec les partis et les mouvements politiques en Europe, qui veulent regagner leur indépendance », a-t-il souligné. Interrogé justement sur les partis avec lesquels il pourrait collaborer, comme l'extrême droite néerlandaise ou française, il a botté en touche, en soulignant qu'il y avait d'autres moyens de participer aux mouvements prônant l'indépendance, notamment au travers des campagnes populaires sur Internet, comme celle qui a conduit à la victoire du non aux Pays-Bas lors du référendum sur la ratification de l'accord d'association UE/Ukraine.
Pas de nouveau référendum
M. Farage a admis que le vote favorable à la sortie du pays de l'UE avait créé des divisions au Royaume-Uni et à Strasbourg, mais le résultat est là: il n'y aura pas de nouveau référendum, contrairement à ce qui a pu se passer en France ou aux Pays-Bas. « Ce résultat va être respecté: nous allons quitter l'UE et retrouver notre souveraineté », a-t-il prédit, en écho à des déclarations de l'ancien premier ministre Tony Blair en faveur de la tenue d'un 2ème référendum.
Selon le député, l'accord qui sera négocié dépendra dans une large mesure de l'identité du prochain Premier ministre britannique, alors que Theresa May a remporté mardi le premier tour de scrutin des conservateurs britanniques destiné à élire le futur leader du pays. Pour le moment, l'adhésion du Royaume-Uni à l'UE correspond à un accord « pourri », a-t-il lancé, qualifiant d'illégitime le projet européen. Il a espéré que le prochain Premier ministre britannique reconnaîtra que « le client est roi et que nous sommes les clients et les acheteurs ». Pour preuve, le déficit commercial annuel de l'UE vis-à-vis du Royaume-Uni est de 70 milliards de livres sterling. D'après M. Farage, les fabricants allemands de voitures et les producteurs français de vin et de Champagne mettront une grande pression durant la campagne électorale dans leur pays en faveur d'un accord de bon sens avec le Royaume-Uni.
Effet de contagion espéré
M. Farage s'est dit « fasciné » par les sondages montrant une hausse des partisans du 'Leave' au Danemark, aux Pays-Bas, en République tchèque et en Italie. Evoquant les possibles conséquences du référendum d'octobre en Hongrie sur les quotas de relocalisation de migrants et des nouvelles élections présidentielles en Autriche, il a prédit la mort du projet européen. « Vous verrez aussi que la crise de la zone euro est de retour, à cause de la détérioration du secteur bancaire en Italie », a-t-il pronostiqué.
Au sujet du mensonge sur les 350 millions de livres par semaine envoyés par le Royaume-Uni dans les caisses du budget de l'UE, M. Farage a répété que c'était une erreur d'avoir utilisé cet argument trompeur dans la campagne. Même après le rabais britannique, « on est à 34 millions de livres par jour qui partent vers Bruxelles », a-t-il rectifié. Mais même ce chiffre serait faux: selon les médias britanniques, la contribution britannique est d'environ 9 milliards de livres par an (170 millions par semaine, 24 millions par jour). Et M. Farage d'attaquer l'argument, d'après lui mensonger, selon lequel il serait impossible d'accéder au marché unique sans octroyer la libre circulation des personnes.
Telle est pourtant la position que défendent les 27 chefs d'État et de gouvernement qui se sont réunis la semaine dernière sans David Cameron (EUROPE 11583). (Lionel Changeur)