Strasbourg, 06/07/2016 (Agence Europe) - Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, dont le pays assume pour six mois la présidence du Conseil de l'UE, s'est engagé, mercredi 6 juillet, devant les eurodéputés à Strasbourg, à défendre le projet européen et à tenir compte des critiques des citoyens.
Le Premier ministre slovaque a commencé son discours en affirmant que l'UE était un projet fantastique et unique. Mais il a d'emblée souligné qu'il était inévitable de débattre aujourd'hui des moyens d'améliorer l'UE et de la rendre plus efficace. « L'UE doit être faite pour les citoyens, comme l'a montré le résultat du référendum au Royaume-Uni », qui a donné gagnants les partisans d'une sortie du pays de l'UE. Les critiques résultent, selon lui, de l'échec de l'UE à communiquer sur la contribution qu'elle apporte aux citoyens de l'UE. M. Fico a préconisé une UE plus souple, moins bureaucratique et élitiste, et qui prête une oreille plus attentive aux critiques.
Il a souhaité que les négociations à venir avec le Royaume-Uni sur la sortie du pays de l'UE soient « constructives ». Il ne faut pas retarder les choses et les négociations vont être longues, a-t-il relevé.
Robert Fico a invité l'Europe à « surmonter ses peurs » face aux crises migratoire, identitaire, sécuritaire et au chômage, mais aussi la peur « qui se manifeste par le développement des extrémismes et des nationalismes ». « Aucune des crises actuelles et futures ne trouvera de solution nationale. La crise migratoire l'a encore confirmé », a affirmé celui qui a contesté devant la Cour de justice de l'UE le système de répartition des réfugiés par quotas.
Selon M. Fico, il n'y a pas de solution de rechange à l'appartenance à l'UE. Toutefois, il souhaite donner une nouvelle impulsion à l'Union. Il s'est dit favorable à ce que les conclusions du prochain sommet européen à Vingt-Sept, qui doit se tenir le 16 septembre dans la capitale slovaque, « reprennent les différentes idées des pays sur le fonctionnement de l'Union européenne ». M. Fico a défendu la mise en place d'une stratégie à long terme sur la crise migratoire. Il a parlé du besoin de sécuriser les frontières et de régler les problèmes dans les pays d'origine, mais a évité d'évoquer, comme l'a souligné Gianni Pittella (S&D, italien), la politique d'accueil et de réinstallation des migrants. Les députés ont tous en mémoire les propos insultants de M. Fico sur les migrants. Il avait déclaré: « Nous ne laisserons jamais entrer un seul musulman en Slovaquie, ni ne créerons aucune communauté musulmane ici, car ils représentent un sérieux risque pour la sécurité ».
Parmi les autres priorités slovaques citées par le social-démocrate figurent: - les relations avec l'Ukraine (la crise n'a toujours pas trouvé de solution, a rappelé M. Fico) ; - le renforcement des relations commerciales, dont les accords de libre-échange avec le Canada et les États-Unis ; - le marché numérique ; - la révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel de l'UE ; - le marché des capitaux et l'union bancaire.
Manfred Weber (PPE, allemand) a salué le fait que M. Fico se soit élevé ce jour contre le populisme, mais il a estimé que ce combat doit être mené « à tout moment et également au niveau national ».
Frans Timmermans, vice-président de la Commission, a dit qu'il avait confiance en cette Présidence, même si c'est la première fois que la Slovaquie exerce ce rôle. Il a salué le fait que la Slovaquie avait opté pour un « agenda positif »: « Les Européens veulent autre chose qu'un grand marché, ils souhaitent faire partie d'une économie sociale de marché qui crée des emplois et génère de la croissance », a fait valoir M. Timmermans. (Lionel Changeur)