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Bulletin Quotidien Europe N° 11584
INSTITUTIONNEL / (ae) budget

George Soros évalue à 30 milliards d'euros par an les besoins de l'UE pour gérer la crise migratoire

Bruxelles, 30/06/2016 (Agence Europe) - George Soros, le financier milliardaire américain d'origine hongroise, a déclaré, jeudi 30 juin à Bruxelles, lors d'une audition au Parlement sur les implications budgétaires de la crise des migrants et des réfugiés, que « l'UE ne pourra pas survivre avec un budget de cette taille ».

Lors de cette audition conjointe des commissions des Budgets, des Affaires étrangères, des Libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures et du Développement du PE, George Soros, le fondateur et président de l'Open Society Foundations, a déclaré qu'il faudrait 30 milliards d'euros par an à l'UE pour gérer les crises migratoires et des réfugiés.

La cohésion et la PAC auraient des effets négatifs. George Soros a jeté un pavé dans la mare en estimant qu'il fallait réduire « fortement », dans la prochaine programmation budgétaire (à partir de 2021), les fonds consacrés à la politique de cohésion (32% des dépenses de l'UE aujourd'hui) et à la politique agricole commune (38% des dépenses). En répondant à des questions de députés européens, M. Soros a estimé que la PAC et les Fonds de cohésion constituaient un fardeau qu'il faudra réduire car ces politiques ont des effets négatifs. « Ce ne sont pas les petits agriculteurs qui profitent de la PAC, mais la grande industrie alimentaire », a-t-il dénoncé. Il a regretté aussi la mauvaise allocation des ressources et conseillé de verser les crédits surtout en faveur des pays les moins développés du monde où l'agriculture coûte moins cher. Selon lui, la politique de cohésion a été utilisée pour « monopoliser les ressources » et a fait l'objet de « corruption » dans les pays bénéficiaires.

Le référendum au Royaume-Uni, un tremplin pour une Europe plus forte. M. Soros a estimé par ailleurs que le résultat du référendum au Royaume-Uni avait été une surprise négative, mais qu'il avait déclenché des réactions positives (appel à un nouveau référendum, nouvel enthousiasme pour l'UE…). Selon lui, ce sentiment que l'on a beaucoup à perdre en sortant de l'UE pourrait devenir un tremplin pour une Europe meilleure et plus forte. Il a indiqué aussi que l'UE ne devait pas pénaliser les électeurs britanniques en ignorant les carences de l'UE. « Les dirigeants de l'UE doivent reconnaître leurs propres erreurs, il y a une occasion pour réinventer l'UE », a souligné M. Soros, qui a mis en garde contre le risque d'explosion de l'UE.

Critique de l'accord UE/Turquie sur les migrants. George Soros s'est montré très critique au sujet de l'accord UE/Turquie sur les migrants: - il ne s'agit pas d'un accord véritablement européen, car il a été « imposé » par la chancelière allemande, Angela Merkel ; - cet accord n'est pas doté du financement nécessaire: - ce n'est pas un accord volontaire, car il impose des quotas auxquels s'opposaient de nombreux États membres ; - cet accord a transformé la Grèce en un centre de rétention aux infrastructures défaillantes ; - les États membres sont réticents à coopérer les uns avec les autres ; - les flux de migrants ont baissé en Grèce, mais ont fortement augmenté dans le centre de la Méditerranée.

Manque « criant » de ressources financières. Sans un financement suffisant, l'UE ne peut pas faire face aux attentes des citoyens européens, a lancé le milliardaire américain. « 30 milliards d'euros au moins seront nécessaires au sein de l'UE pour construire des agences efficaces aux frontières pour garantir des conditions d'accueil dignes et prévoir des procédures d'asile équitables et des procédures d'intégration », a soutenu M Soros. Il faut aussi soutenir les pays qui accueillent les réfugiés en Afrique et au Proche-Orient. Il a estimé par ailleurs que l'UE avait « compromis » le système Schengen en en augmentant les coûts économiques.

Fonds d'urgence en créant de la dette. Il a critiqué, comme de nombreux parlementaires, la solution qui devrait n'être que provisoire, selon lui, de la création de fonds hors budget pour la Syrie ou la Turquie, par exemple. Il prône la « collecte massive de fonds d'urgence » impliquant la création de dette en utilisant l'effet levier du budget de l'UE, plutôt que de « ramasser chaque année différents reliquats budgétaires ». « Il faut utiliser à plein le triple A de l'UE, pour créer une stimulation économique pour l'Europe, comme les taux d'intérêt sont à des minima historiques ». Selon M. Soros, c'est le moment de contracter de la dette pour aider les migrants et les réfugiés. Il a admis cependant que contracter de la dette avec le budget actuel de l'UE pose des questions, étant donné les ressources limitées de ce budget.

Nouvelles taxes. Il a suggéré de modifier le système des ressources propres de l'UE pour instituer de nouvelles taxes à prélever, comme une taxe sur les carburants. Il a qualifié « d'erreur tragique » la baisse en 2014 du plafond des ressources propres de l'UE. M. Soros a notamment rappelé l'idée d'une fiscalité (taxe) paneuropéenne sur les produits pétroliers. « Le PE devrait envisager avec beaucoup de sérieux cette idée ». L'idée serait d'augmenter de manière considérable les montants que l'UE peut emprunter pour financer de nouvelles initiatives. Il a concédé que le principe de l'unanimité au Conseil sur ces matières (ressources propres et fiscalité) restait un obstacle majeur. Il conseille par conséquent de créer une agence rassemblant les pays qui souhaitent aller de l'avant dans ce domaine.

Contrôle parlementaire du MES. Enfin, M. Soros est d'avis que la zone euro a besoin de son propre budget et le MES (Mécanisme européen de stabilité), dispositif européen de gestion des crises financières de la zone euro, « peut être considéré comme l'embryon d'un tel budget, mais il est sujet au veto des parlements nationaux ». La solution, d'après lui: placer le MES sous le contrôle de la Commission et du PE pour élargir son utilisation à d'autres fins, comme la création d'un programme de lutte contre le chômage en Europe.

« Nous partageons votre point de vue, nous n'avons pas assez d'argent pour les migrants », a notamment dit Jan Olbrycht (PPE, polonais). Le député souhaite profiter de la révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel de l'UE (2014-2020) pour corriger le tir. Il a admis qu'il n'était plus possible de conserver les mêmes pourcentages pour la PAC et la politique de cohésion, mais il ne faudrait pas en réduire les montants. Il faudrait donc augmenter le budget consacré à la migration, ce qui changerait les pourcentages selon les catégories de dépenses, sans réduire les fonds pour la PAC et la cohésion, a-t-il sous-entendu. Eider Gardiazabal Rubial (S&D, espagnole) a estimé qu'avec un peu de chance, « on pourrait avancer d'ici à la fin de l'année sur la taxe sur les transactions financières ». Gérard Deprez (ADLE, belge) a dit qu'il avait l'impression que ces 30 milliards ne seront pas pour les migrants qui vont venir en Europe, mais plutôt en faveur des pays limitrophes. Selon lui, on ne va pas répondre aux attentes des citoyens en annonçant aux citoyens européens une somme de 30 milliards pour les migrants. « En annonçant une réduction des fonds agricoles, vous risquez de perdre la confiance des agriculteurs », a conclu M. Deprez. (Lionel Changeur)

 

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