Bruxelles, 29/06/2016 (Agence Europe) - Le Royaume-Uni sortira de l'UE à une date encore indéterminée, le glyphosate s'y maintiendra pour au moins 18 mois encore, jusqu'à la fin de 2017 au plus tard: sur ce dernier point, plus aucun doute n'est possible.
La décision de la Commission européenne, adoptée formellement mercredi 29 juin en plein Sommet européen à Vingt-Sept sur le 'Brexit', était vouée à passer inaperçue (EUROPE 11582) .
Cette décision a été confirmée par voie de communiqué de presse à l'heure où l'attention de la presse était mobilisée par l'avenir de l'UE à 27. Elle a néanmoins suscité de vives réactions de la part de tous les détracteurs de cette substance active reconnue par l'OMS comme carcinogène probable pour l'homme, quand l'EFSA a jugé qu'elle ne l'est probablement pas. Les représentants de l'industrie des produits phytosanitaires ont déploré, quant à eux, une décision politique plutôt que scientifique. Les États membres, eux aussi, en ont pris pour leur grade pour « n'avoir pas pris leurs responsabilités », contraignant la Commission à prendre la décision à leur place. C'est d'ailleurs ce qu'a de nouveau souligné l'institution dans un bref communiqué de presse pointant du doigt l'échec répété des États membres à recueillir la majorité qualifiée requise pour la suivre ou pour rejeter sa proposition, passée d'un renouvellement de l'autorisation de 15 ans à une prolongation temporaire de la licence existante qui arrive à expiration jeudi 30 juin. La procédure de comitologie elle-même permet ces situations d'impasse que l'UE a moult fois connues pour l'autorisation des OGM.
La Commission rappelle aussi que cette extension de la licence permettra d'attendre l'avis de l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) sur la toxicité de ce pesticide. Elle précise qu'elle fera son maximum pour obtenir « aussi rapidement que possible » l'adoption par les États membres de la décision relative à l'interdiction du co-formulant Tallowamine dans les produits à base de glyphosate, et les recommandations, non contraignantes, qu'elle avait formulées pour inciter les États membres au devoir de vigilance dans l'utilisation du glyphosate.
« Des institutions européennes sourdes, des multinationales aveugles et des gouvernements nationaux muets: au lendemain du 'Brexit', on aurait apprécié une plus profonde remise en question ! », s'est exclamé l'eurodéputé Marc Tarabella (S&D belge), en charge de la Protection des consommateurs européens et de l'Agriculture. « Le cas du glyphosate pointe du doigt les graves défaillances de cette Europe. Mardi à10h00, le président de la Commission européenne explique, durant le débat sur le 'Brexit', qu'il faut être plus attentif aux besoins du citoyen. Huit heures plus tard, en début de soirée, une décision à la sauvette est annoncée qui va à l'encontre des déclarations matinales », fait observer l'eurodéputé. « La Commission européenne, mais aussi les gouvernements qui ont été favorables à cette décision sont coupables de non-assistance à citoyens en danger », dénonce-t-il, convaincu que « la seule décision sage était d'appliquer le principe de précaution, c'est à dire de refuser un produit dont on n'a pas la certitude qu'il ne soit pas nocif pour le citoyen ».
Pour Bart Staes (Verts/ALE, belge), porte-parole de son groupe pour les questions d'environnement et de sûreté alimentaire, cette décision d'approbation de la Commission en dépit de l'absence de majorité qualifiée au sein des États membres, témoigne d'un « dédain à l'égard de l'opposition du public et des gouvernements de l'UE à l'égard de cet herbicide toxique et controversé ». Selon lui, cette première décision de l'UE après le référendum britannique, « montre que la Commission n'a pas tiré la leçon qui s'impose: la nécessité d'être à l'écoute des citoyens ». Aussi presse-t-il les gouvernements européens et les régions européennes d'exercer leur droit d'imposer des restrictions significatives à l'utilisation du glyphosate pour que puisse commencer l'élimination progressive de cet herbicide sur lequel de lourds soupçons pèsent comme probable perturbateur endocrinien responsable de cancers, de problèmes hormonaux et dangereux pour le développement
« Si le glyphosate a bénéficié d'un sursis à exécution en Europe, il demeure l'herbicide le plus utilisé au monde sur lequel les preuves de toxicité pour la santé et l'environnement s'accumulent », rappelle Clare Oxborrow, de l'ONG Friends of the Earth, en appelant le gouvernement britannique, qui est favorable au renouvellement de la licence pour quinze ans, à reconnaître que « les jours du glyphosate sont comptés ».
La task force 'glyphosate', qui regroupe les représentants de l'industrie des pesticides, dont Monsanto, déplore, pour sa part, la « politisation de la procédure d'autorisation ». Elle rappelle que « l'évaluation scientifique approfondie » réalisée par l'EFSA et le Bfr allemand aurait dû conduire au renouvellement pour quinze ans de l'autorisation du glyphosate. Elle rappelle aussi qu'une expiration soudaine de la licence aurait eu des conséquences graves pour les agriculteurs européens qui « comptent sur le glyphosate en tant qu'instrument fiable et efficace pour la gestion des mauvaises herbes et la protection des rendements agricoles ». Pour le président de cette instance, Richard Garnett, «l'opposition de certains États membres est hautement regrettable et un triste signe que le processus d'autorisation se politise ». (Aminata Niang)