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Bulletin Quotidien Europe N° 11573
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) commerce

Via Campesina pointe les risques du TTIP pour l'agriculture de l'UE

Bruxelles, 15/06/2016 (Agence Europe) - La Coordination européenne Via Campesina, a averti, mercredi 15 juin, des risques que font peser le futur accord de libre-échange UE/États-Unis (TTIP) et l'accord de libre-échange UE/Canada (CETA) sur la production agricole de l'UE, la survie de ses petites exploitations, la sécurité des produits agroalimentaire pour les citoyens et la protection de l'environnement.

« Depuis les premiers jours de l'OMC, l'agriculture est l'une des patates chaudes des négociations commerciales à l'échelle de la planète. L'agro-industrie et d'autres lobbies d'entreprises utilisent les accords commerciaux pour accroître l'accès au marché et leurs profits. Le TTIP et le CETA sont une attaque à l'agriculture durable de part et d'autre de l'Atlantique », avertit ce mouvement international qui coordonne des organisations de petits et moyens paysans, travailleurs agricoles et femmes rurales à travers la planète.

Le TTIP et le CETA auront une incidence sur la sécurité alimentaire, le bien-être des animaux et la protection de l'environnement, conduisant à une intensification et à la concentration des entreprises agricoles et menaçant la survie des paysans et la santé des citoyens, a prévenu une représentante de Via Campesina, Hanny van Geel, lors d'un débat à Bruxelles, mercredi. Mme van Geel a aussi souligné les effets négatifs des accords commerciaux existants pour les paysans et le système d'alimentation durable.

L'accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique a conduit à la hausse des exportations et la baisse des prix des produits ; 40% des producteurs canadiens et des millions de paysans mexicains ont dû fermer leurs fermes, ces derniers devenant travailleurs saisonniers et migrants sur le marché des États-Unis, a-t-elle fait valoir.

« L'alimentation et l'agriculture sont trop importantes pour être laissées aux mains des entreprises. La nourriture n'est pas un produit, c'est un droit humain. Nous devons placer les droits des personnes au centre de notre politique. Au lieu de promouvoir le modèle de l'agro-industrie néolibérale et de soutenir les grandes entreprises multinationales, nous devons promouvoir la souveraineté alimentaire et un système d'alimentation et d'agriculture durables basé sur l'agro-écologie », a insisté Mme van Geel.

« Les agriculteurs européens ne vont pas accepter la trahison des possibilités théoriques d'augmenter leurs exportations vers les États-Unis et le Canada », prévient Via Campesina, assurant que les agriculteurs ne laisseront pas brader leurs intérêts dans le cadre du TTIP et du CETA.

Pour Friends of the Earth Europe, le TTIP va augmenter massivement les importations dans l'UE de produits américains aux normes plus basses et, donc, aux coûts de production plus faibles, tout en ayant beaucoup moins d'avantages pour les producteurs agricoles de l'UE. Une étude du Département américain de l'Agriculture (USDA), dévoilée en novembre 2015, prévoit une baisse de la contribution de l'agriculture européenne au PIB de l'UE pouvant atteindre -0,8%, tandis que la contribution de l'agriculture américaine au PIB des États-Unis pourrait atteindre jusque +1,9%, rappelle l'ONG environnementaliste.

« Une concurrence accrue pourrait signifier le coup de grâce pour l'agriculture de petite échelle et familiale. Si vous tuez les petits agriculteurs, vous tuez aussi l'environnement », a pour sa part mis en garde une représentante de Friends of the Earth, Mute Schimpf.

« Il faut dire la vérité aux citoyens européens sur la façon dont le TTIP et le CETA auront des incidences sur la production alimentaire et de l'agriculture. Les Européens ne veulent pas dépendre de la nourriture industrialisée provenant d'usines au lieu de fermes familiales. Nous devons donc cesser de négocier l'agriculture dans les accords de libre-échange et de travailler ensemble pour réaliser la souveraineté alimentaire », a conclu Mme van Geel. (Emmanuel Hagry)

 

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