Bruxelles, 25/05/2016 (Agence Europe) - Les confédérations syndicales de l'UE (ETUC/CES), des États-Unis (AFL-CIO) et du Canada (CTC) exhortent les dirigeants de l'UE, du Canada et des États-Unis, dans une déclaration commune publiée mardi 24 mai, à rejeter l'octroi du statut d'économie de marché (MES) à la Chine tant qu'elle maintient son niveau actuel d'intervention de l'État dans son économie.
« Reconnaître le MES affaiblirait gravement les outils les plus efficaces à disposition pour répondre aux pratiques commerciales déloyales de la Chine. Les interventions du gouvernement chinois sur ses marchés boursiers et des changes ces derniers mois et la pratique persistante des prêts concessionnels accordés par de nombreuses banques publiques pour permettre à des entités non viables de continuer à fonctionner démontrent le degré auquel la Chine reste une économie non marchande », soulignent ces organisations.
Malgré une demande intérieure en berne, la Chine, qui produit plus de la moitié de l'acier (50%), de l'aluminium (55%) et du ciment (60%) au plan mondial, a maintenu ses surcapacités dans ces secteurs - mais aussi dans la céramique, les pneus, le papier, le verre et les panneaux solaires - et exporte ses surplus à des prix inférieurs à ceux du marché, font-elles valoir. « Ces pratiques ont causé des dommages irréparables à nos industries, dévasté des communautés et coûté leur emploi à des milliers de travailleurs », déplorent-elles.
« La Chine ne respecte pas le principe de concurrence loyale. Lui octroyer le MES lui enlèverait toute motivation pour passer d'une économie d'État à une économie sociale de marché, respecter les normes du travail et créer des conditions de concurrence équitables au plan mondial », insistent ces organisations, dénonçant aussi les interférences de Beijing dans le contrôle par l'État des organisations syndicales ainsi que l'absence de négociation collective libre dans le pays.
En outre, les syndicats avertissent du risque « dévastateur » pour l'industrie manufacturière de l'UE d'une décision unilatérale d'octroyer le MES à la Chine, qui engendrait un afflux massif d'importations à bas prix due à une réorientation des échanges commerciaux. Ils demandent aussi à l'UE de continuer à recourir à une méthodologie d'économie non marchande pour dénoncer le niveau réel du dumping chinois. Enfin, ils soulignent que l'octroi du MES à la Chine en échange de concessions dans le cadre des négociations pour un accord UE/Chine sur l'investissement serait une « grave erreur ». (Emmanuel Hagry)