Bruxelles, 19/05/2016 (Agence Europe) - Bis repetita. Aucune décision n'a été prise sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate, puisqu'aucun vote n'a finalement eu lieu, jeudi 19 mai à Bruxelles, au sein du comité permanent des plantes, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux de l'UE (EUROPE 11553).
Et pour cause: la Commission européenne a constaté que son projet de règlement amendé qui ramène à 9 ans le renouvellement de l'autorisation sans aucune restriction d'utilisation de cet herbicide très controversé, ne recueillerait pas la majorité qualifiée requise auprès des experts des États membres pour pouvoir être adopté (EUROPE 11551). Partant, l'institution européenne a jugé inutile de faire procéder à un vote.
Ce nouveau report du vote redonne de l'espoir aux détracteurs, de plus en plus nombreux, d'un herbicide reconnu comme probablement cancérigène pour l'homme par l'Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) de l'OMS. L'Autorité européenne de sécurité des aliments a jugé, elle, que la molécule, seule (sans ses co-formulants), ne l'est probablement pas.
Le temps presse, car la licence d'autorisation du glyphosate dans l'UE vient à échéance le 30 juin. Or la proposition de la Commission, qui se voulait un compromis équilibré, s'est heurtée à la même incapacité des États membres à trancher que celle dont ils avaient fait preuve le 8 mars dernier en ne votant pas sur le projet initial visant le renouvellement pour 15 ans (EUROPE 11507).
« Si aucune décision n'est prise avant le 30 juin, le glyphosate ne sera plus autorisé dans l'UE, et les États membres devront retirer l'autorisation à tous les produits contenant du glyphosate », prévient, dans un communiqué, un porte-parole de la Commission. C'est précisément ce qu'espèrent de nombreux représentants de la société civile, membres du mouvement WeMove.EU qui ont manifesté le 18 mai devant le comité permanent de l'UE, mais que redoutent les lobbies agricoles qui demandent, eux, un renouvellement de l'autorisation pour quinze ans (EUROPE 11533).
Une nouvelle réunion du comité est possible en juin, mais aucune date n'est encore prévue. C'est là que le sort du Round Up, le pesticide le plus utilisé, mais désormais aussi, le plus honni en Europe, devra être scellé, faute de quoi, la décision reviendra à la Commission, ce qu'elle souhaite éviter pour ne pas porter seule la responsabilité d'une procédure engagée depuis plus d'un an avec les États membres.
« Le dossier devient de plus en plus politique. Le commissaire Andriukaitis a appelé à moult reprises les États membres à prendre leurs responsabilités dans ce dossier », a déclaré un porte-parole de la Commission à EUROPE.
Si un vote avait eu lieu, l'Allemagne, État membre rapporteur pour la réévaluation du glyphosate dans l'UE, se serait abstenue en raison de points de vue divergents entre le ministre fédéral de l'Économie et celui de l'Environnement. La France avait déjà publiquement annoncé, le 18 mai, qu'elle voterait contre la ré-autorisation, tout comme comptaient le faire d'autres États membres, comme l'Italie.
« Une nouvelle rencontre devrait se tenir en juin. Cela laissera un peu de temps aux gouvernements pro-glyphosate, dont le gouvernement belge, pour revenir à la raison et cesser de mettre en péril la santé du citoyen », déclare l'eurodéputé Marc Tarabella (S&D, belge), qui salue « une première défaite pour les lobbies » et une « bataille gagnée par la pression de certains élus nationaux et européens, mais aussi de scientifiques indépendants qui sont en train de faire pencher la balance dans le bon sens », celui du principe de précaution. « Quand de gros doutes planent sur la toxicité d'un produit, il faut en refuser l'utilisation. On ne badine pas avec la santé de 500 millions d'Européens ».
Bart Staes (Verts/ALE, belge), porte-parole du groupe des Verts au PE pour l'environnement et la sûreté alimentaire, voit dans le report du vote « le signe que des gouvernements clés prennent en compte l'opposition massive à la ré-autorisation du glyphosate » et espère que d'autres leur emboîteront le pas. «Il est clair que la Commission et le lobby de l'industrie agrochimique étaient en train, tels de bulldozers de pousser à l'autorisation du glyphosate sans restriction d'utilisation pour un long délai », souligne-t-il, en reprochant à la Commission d'être revenue devant les États membres « avec une proposition qui ne tient pas compte du vote du Parlement », lequel préconisait l'interdiction du glyphosate en agriculture quand d'autres méthodes alternatives existent, pendant la période avant la récolte des cultures, dans les parcs publics et les aires de jeu et pour les usages particuliers dans les jardins (EUROPE 11531).
Pour Greenpeace, ce deuxième report du vote « n'a rien d'étonnant puisque la Commission continue à ignorer les préoccupations des scientifiques indépendants, des députés européens et des citoyens européens. Il serait temps que la Commission change son fusil d'épaule », commente Franziska Achterberg, directrice pour la politique alimentaire de l'UE au bureau européen de Greenpeace. (Aminata Niang)