Bruxelles, 26/04/2016 (Agence Europe) - Le vice-président de la Commission en charge de l'Union de l'énergie, Maros Sefcovic, a jeté un pavé dans la mare, lundi 25 avril, mettant en doute la nécessité du projet germano-russe de doublement du gazoduc Nord Stream sous la mer Baltique, Nord Stream-2.
L'Europe peut se retrouver avec plus de gaz que nécessaire, si Nord Stream-2 est construit, a jugé M. Sefcovic, en marge de la foire de Hanovre lundi, dans des propos rapportés par l'agence Reuters, précisant que le projet soulevait beaucoup de questions, y compris sur son analyse de rentabilisation à la lumière des propres estimations par la Commission de la demande de gaz de l'UE à l'horizon 2030.
« Cela impliquerait que nous construirions une capacité excessive qui rendrait économiquement très difficile de mettre en oeuvre la route de transit ukrainien », a déclaré M. Sefcovic, répétant que Nord Stream-2 soulevait aussi des doutes quant à l'utilisation à long terme du pipeline Yamal qui approvisionne l'Allemagne et la Pologne en gaz russe en transitant par la Biélorussie.
Depuis l'annonce, en septembre 2015, du pacte d'actionnaires entre le gazier russe Gazprom et cinq groupes énergétiques d'Europe occidentale (les allemands BASF et E.ON, le français Engie, l'autrichien OMV et l'anglo-néerlandais Shell) pour sa construction, le projet de gazoduc Nord Stream-2, qui vise à doubler de 55 à 110 milliards de m3 par an la capacité du gazoduc Nord Stream, suscite une levée de boucliers des pays d'Europe centrale et orientale, qui craignent que ce projet limite leurs voies d'approvisionnement et marginalise l'Ukraine, par laquelle transite actuellement 50% du gaz russe destiné à l'UE.
Face aux critiques, le consortium Nord Stream-2 défend la nécessité de ce projet pour combler un déficit d'approvisionnement évalué à 140 milliards de m3 de gaz à l'horizon 2035 en raison de la hausse de la demande et de la baisse de la production intérieure de gaz en Europe.
Selon les estimations de la Commission, entre 370 et 450 milliards de m3 de gaz par an seront nécessaires à l'horizon 2030 pour couvrir la demande dans l'UE.
Ces estimations étant jugées trop élevées par des analystes et des ONG environnementalistes, M. Sefcovic a indiqué que la Commission ferait appel à des expertises supplémentaires de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et du réseau européen des gestionnaires de transport de gaz (ENTSO-G). (Emmanuel Hagry)