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Bulletin Quotidien Europe N° 11540
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) espace

La question de l'exploitation des données produites par Copernicus reste ouverte

Kourou/Bruxelles, 26/04/2016 (Agence Europe) - L'exploitation des quantités considérables de données générées par Copernicus, l'ambitieux programme européen d'observation terrestre, qui a vu ses rangs grossir d'un nouveau venu avec le lancement réussi du satellite Sentinel 1-B, lundi 25 avril, constituera sans nul doute l'un des enjeux principaux de la future stratégie spatiale européenne, qui est attendue pour le mois d'octobre 2016.

Sentinel 1-B, dont le lancement initialement prévu le 22 avril a été reporté trois fois (EUROPE 11539), va dresser en binôme avec Sentinel 1-A une cartographie complète de la terre tous les six jours à l'aide d'un radar à très haute sensibilité. À terme, des quantités astronomiques de données brutes et libres (le CNES estime à sept petabytes la production de données d'ici 2017) seront générées conjointement avec les autres satellites coperniciens, que sont les Sentinel-2 et 3, consacrés à la surveillance des terres émergées et océans, ou encore Sentinel-4 et 5, dédiés à l'étude atmosphérique.

L'enjeu est de faire en sorte que cette masse considérable de données brutes ('upstream data') trouve des débouchés économiques ('downstream data'), a confié à EUROPE Simonetta Cheli, responsable des relations publiques et institutionnelles de l'Agence spatiale européenne (ESA). En effet, s'est inquiétée une autre source institutionnelle, le programme serait un fiasco économique s'il ne permettait pas l'essor d'un vaste éventail d'applications et d'exploitations commerciales. « Pour les États membres, le retour sur investissement ne peut se faire que par les recettes fiscales générées par ces nouvelles activités entrepreneuriales construites sur le 'big data' spatial », a-t-elle estimé. Le ratio investissement/retour serait de l'ordre de 10.

Partant, l'exploitation des données spatiales est inscrite en tête de liste des priorités de la feuille de route de la « stratégie spatiale pour l'Europe » qui a été adoptée par la Commission européenne en décembre dernier. La Commission a d'ailleurs lancé, dans ce cadre, une consultation publique le 19 avril (EUROPE 11535). L'enjeu concerne non seulement Copernicus, dont certains services sont déjà opérationnels, mais aussi le système de positionnement européen Galileo, qui devrait être pour sa part pleinement fonctionnel à l'horizon 2020.

Stratégie spatiale: vers une redéfinition des relations entre l'ESA et l'Union

En plus de l'exploitation des données, la stratégie devrait certainement inclure la question de la gouvernance entre l'ESA et l'Union européenne. Les deux entités diffèrent grandement, tant dans leurs objectifs que dans leur mode de fonctionnement. Le nombre d'États membres n'est pas le même, ni le processus décisionnel ou les cycles budgétaires. À l'heure actuelle, la Commission passe commande à l'ESA en fixant un cahier des charges précis. L'Agence s'engage alors à développer et fabriquer les produits demandés en coopération avec d'autres industriels du secteur spatial, comme Thales Alenia Space. Dans l'exemple de Sentinel-1B, l'ESA a ainsi cédé la propriété du satellite à la Commission à partir du moment où le lanceur Soyouz a quitté la terre ferme. « Nous sommes très satisfaits de notre coopération avec la Commission sur ces deux programmes », a déclaré Mme Cheli.

En vertu des nouvelles prérogatives attribuées à l'Union dans le Traité de Lisbonne (TFUE, art. 189), le champ d'application de la stratégie spatiale de l'UE pourrait toutefois être considérablement étendu. Du reste, la première question posée à la prochaine réunion informelle des ministres européens en charge de l'Espace, qui aura lieu le 30 mai à La Haye, portera sur ce thème. « Si nous optons pour une stratégie globale, alors il faudra approfondir la gouvernance entre la Commission et l'ESA », a noté une source. Selon plusieurs observateurs, les négociations actuelles iraient dans ce sens. Les deux parties voudraient en effet se mettre d'accord sur une stratégie européenne unique.

Pour un membre de l'agence spatiale, le problème est que la Commission compte présenter sa stratégie au mois d'octobre, tandis que la réunion ministérielle stratégique de l'ESA aura lieu en décembre. Mais, « ce qui importe pour l'instant c'est d'accorder (les) violons (entre l'UE et l'ESA) sur les objectifs, la gouvernance viendra après », a estimé une autre source européenne, avant de rappeler que la question se posera une première fois durant la période 2014-2020 lors de la révision à mi-parcours des programmes Galileo et Copernicus, respectivement en juin et décembre 2017.

Quant à savoir si, à terme, l'ESA pourrait devenir une agence à part entière de l'Union, la question reste ouverte. Une source explique à EUROPE que l'Agence du GNSS européen (GSA), en charge depuis 2014 d'EGNOS et à l'avenir de Galileo, pourrait en constituer l'édifice. Dans tous les cas, rajoute une autre source institutionnelle, la question resterait pour l'instant bloquée du côté des États membres, notamment du Royaume-Uni. Ce dernier s'est en effet doté d'une nouvelle agence en 2010, la 'UK Space Agency', et verrait d'un mauvais oeil l'émergence d'une telle organisation au niveau européen.

L'avenir des lanceurs européens face à l'émergence des acteurs privés

L'indépendance d'accès à l'espace représente un autre enjeu cardinal pour l'Europe. Pourtant, la question des lanceurs est absente de la feuille de route de la Commission. Celle-ci se borne à rappeler que l'UE est le premier client institutionnel du secteur. « En l'occurrence pour Ariane 6 et Vega C (les futurs lanceurs qui seront en service respectivement en 2020 et 2019, Ndlr), nous espérons un ferme engagement envers les lanceurs européens dans la stratégie spatiale », a confié Stéphane Israël, le PDG d'Arianespace, lors d'un point presse, samedi 23 avril à Kourou. Selon une source de l'industrie spatiale, il existe en effet une crainte que les lanceurs européens voient leur part se contracter à terme sur le marché européen avec l'essor de nouveaux acteurs étrangers, tels que SpaceX, qui pourront prendre part aux appels d'offres de la Commission. Or, les lanceurs européens ne peuvent pas pénétrer le marché américain.

Du côté de la Commission, on invoque les traités et l'obligation d'appliquer le principe de concurrence dans les appels d'offres. L'institution attend par conséquent des réductions drastiques des coûts de la part d'Arianespace. La société française a ainsi avancé une possible réduction de moitié des coûts d'exploitation, en privilégiant la méthode incrémentale plutôt que de rupture. Pour l'heure, elle ne compte pas ainsi amender sa stratégie, forte d'un soutien clair et encore récemment renouvelé de la part de ses clients, pour le développement d'un lanceur Ariane 6 à la fois simplifié et modulaire, a indiqué M. Israël à EUROPE. (Pascal Hansens)

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