Strasbourg, 20/04/2016 (Agence Europe) - « L'Union européenne parle d'Europe quand elle parle d'elle-même ; or, l'une des maisons de l'Europe a 28 pièces et l'autre 47 », a rappelé Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, mardi 19 avril, devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (COE). C'est en effet la complémentarité des deux institutions qu'il a voulu souligner à l'heure où « le projet européen est soumis à une crise globale ».
Cette complémentarité, M. Juncker l'a personnellement étudiée en détails puisqu'en 2005, à l'issue du sommet du Conseil de l'Europe qui s'était tenu à Varsovie, il avait été chargé d'un rapport sur les relations Union européenne et COE. Plusieurs de ses préconisations de l'époque ont été suivies d'effets, a t-il souligné, en se réjouissant d'« une coopération qui va de mieux en mieux », comme en attestent notamment les financements accordés par l'UE aux projets lancés par le COE dans le cadre de sa politique de voisinage. « Il est bon que la démocratie prenne racine partout », a noté l'ancien Premier ministre luxembourgeois.
Revenant sur la crise des réfugiés, le président de la Commission a remercié le COE « pour son soutien », « évidemment parfois nuancé », et souligné que l'accord conclu entre l'UE et la Turquie n'est « qu'une partie de l'approche européenne » destinée à « pourfendre le modèle affreux des passeurs ». « Avec déjà de premiers résultats puisqu'il y a moins de flux », a noté M. Juncker (EUROPE 11535). Il a rappelé que « l'argent mis à disposition par l'UE ne concerne pas le gouvernement turc, mais l'accueil des réfugiés ». « Une aide de 50 millions d'euros a d'ailleurs été signée ce matin pour répondre aux besoins immédiats des réfugiés syriens », a-t-il noté. Interrogé sur le « chantage turc » par certains parlementaires, il a certifié qu'en matière de libéralisation des visas pour les ressortissants trucs, « les critères ne seront pas dilués ».
« En matière de lutte contre le terrorisme, le COE est l'un de nos partenaires importants », a par ailleurs souligné Jean-Claude Juncker en évoquant le 'Protocole de Riga' additionnel à la Convention contre le terrorisme signé par 17 États membres et l'UE fin octobre 2015. Le texte est, en effet, « le premier instrument juridique qui criminalise les premières étapes telles que l'entraînement dans des zones de conflit », a-t-il noté.
Pour une adhésion de l'UE à la Convention européenne des droits de l'homme
« La vision du COE nous est nécessaire pour trouver l'équilibre entre sécurité et libertés publiques », a estimé le président de la Commission, pour qui la Convention européenne des droits de l'homme est essentielle. Il s'est engagé « personnellement » à ce que l'UE y adhère durant son mandat.
Sur le fond du mal-être qui s'est emparé de l'opinion publique européenne et qui se traduit notamment par la montée des nationalismes et la multiplication des référendums sur des questions européennes, M. Juncker a reconnu que « le projet européen a perdu en partie son attrait ». Les causes en sont multiples, selon lui: trop grande ingérence législative de l'UE dans la vie quotidienne des citoyens, « sous-développement de la construction sociale »… Mais, a-t-il mis en garde, s'il est aujourd'hui « plus simple de vanter les valeurs nationales, viendra un jour où nous serons devant les décombres de cette attitude ».
« En face des gros problèmes qui sont en train d'émerger, l'Europe, qui ne représentera plus que 4% de la population mondiale à la fin du siècle alors qu'elle en représentait 20% à la fin du dernier, ne sera forte et influente que si elle plaide pour les principes qui sont les siens », a considéré le dirigeant politique. Et de conclure: « Les idéaux du COE et de l'UE sont les mêmes, même si les moyens déployés ne sont pas identiques. Nous devons tirer parti de nos points communs pour donner plus de stabilité à nos sociétés. Nos institutions ont la force du respect que nous leur rendons. Cela réclamera encore plus d'efforts mais notre liberté en dépend. » (Véronique Leblanc)
= = = = = = = =