Bruxelles, 20/04/2016 (Agence Europe) - À la veille du 13ème round des négociations de libre-échange UE/États-Unis (TTIP), fin avril à New York, et d'une tournée du président américain, Barack Obama, au Royaume-Uni puis en Allemagne (21-25 avril), qui pourrait donner une nouvelle impulsion aux pourparlers sur le plan politique, le TTIP a pris du plomb dans l'aile pour les décideurs politiques en France.
Dans le sillage du président français, François Hollande, qui a déclaré, jeudi 14 avril, que la France « [pouvait] dire non » à un accord TTIP qui ne respecte pas ses « conditions », à savoir la « réciprocité », la protection de l'agriculture européenne et l'accès aux marchés publics américains, le secrétaire d'État français au commerce, Matthias Fekl, a menacé, mardi 19 avril, de bloquer les négociations avec les États-Unis si des progrès significatifs n'étaient pas réalisés dans les mois qui viennent.
« J'ai indiqué en septembre 2015 que, si les choses n'avançaient pas, il fallait envisager l'arrêt des négociations. Cette option est toujours sur la table, très clairement », a déclaré M. Fekl mardi, en marge d'un colloque du Medef. « La France n'acceptera pas d'accord au rabais. Ce qui compte c'est le contenu, pas de conclure à tout prix » avant l'élection présidentielle américaine, a-t-il ajouté. « On sent bien que certains veulent à tout prix conclure avant (cette échéance) », a-t-il poursuivi. Dans un entretien avec EUROPE, lundi 18 avril, M. Fekl avait affirmé son opposition à la conclusion « précipitée » d'un accord « au rabais » qui ne satisferait pas les intérêts offensifs de l'UE - marchés publics, indications géographiques (EUROPE 11535).
« Il y a une tentation de l'Allemagne d'accélérer les choses. Beaucoup de pays sont favorables à une conclusion rapide du TTIP, tels que l'Italie et des pays d'Europe de l'Est. Or, il n'y aura pas d'évolution importante dans l'offre américaine. Ils ne le souhaitent pas, ni ne le peuvent. Cela minimise d'une manière très forte pour la France l'intérêt de ces négociations. Nous le regrettons, parce qu'un accord positif comporte des intérêts pour différents secteurs de notre économie », nous a confié une source française proche du dossier.
Dans les colonnes du média français Mediapart, mercredi 20 avril, l'eurodéputé français Eric Andrieu (S&D) a, quant à lui, invité la France à « quitter le 'paquebot TTIP', ce Titanic commercial, avant qu'il ne sombre ». « Défensivement comme offensivement, le TTIP, tel qu'il est négocié, ne répond pas aux intérêts français. Les négociations ont été jusqu'ici déséquilibrées et il n'y a pas de réciprocité dans les concessions accordées. Cela est vrai en particulier pour l'agriculture européenne, qui fait l'objet d'une vaste offensive [des Américains], qui refusent de reconnaître nos indications géographiques », avertit M. Rieu. En outre, « le TTIP interroge sur la société que nous voulons », ajoute-t-il, citant les risques que les normes soient « amoindries » et que « les États (soient) à la merci des poursuites engagées par les multinationales ». (Emmanuel Hagry)