Bruxelles, 18/03/2016 (Agence Europe) - Les chefs d'État et de gouvernement de neuf États membres d'Europe centrale et orientale - République tchèque, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie et Slovaquie - ont accentué la pression sur la Commission, lors du Conseil européen des 17 et 18 mars, pour qu'elle s'assure « rigoureusement » de la conformité du projet germano-russe de gazoduc Nord-Stream-2 à l'égard du droit de l'UE et de ses intérêts en matière de sécurité énergétique.
« Tous les développements actuels » de l'Union de l'énergie « ne vont pas dans la direction » du renforcement de la sécurité énergétique à travers la diversification des sources et routes d'approvisionnement et des fournisseurs, une question d'une « importance cruciale » pour les pays d'Europe centrale et orientale, ont souligné les dirigeants de ces neuf pays, dans un courrier adressé le 17 mars au président de la Commission, Jean-Claude Juncker. « Il y a même un risque de détérioration (…) dans le contexte des nouveaux projets d'infrastructures », ont-ils précisé, pointant du doigt le projet Nord-Stream-2.
« Nord Stream-2 pose certains risques pour la sécurité énergétique dans la région d'Europe centrale et orientale, qui est encore hautement dépendante d'une seule source d'énergie. Ce projet influencerait fortement le développement du marché gazier et les schémas de transit dans la région, en particulier la route de transit de l'Ukraine vers l'Europe », ont-ils poursuivi, s'inquiétant des « conséquences géopolitiques potentiellement déstabilisantes pour la région et dans le voisinage immédiat de l'UE ».
En outre, « Nord-Stream-2 n'assurerait pas la diversification des sources d'approvisionnement ni celle des fournisseurs. (Ce projet) accroîtrait la dépendance à l'égard d'une route déjà existante, ce qui n'est pas en ligne avec l'objectif de la législation de l'UE en matière d'énergie qui vise à accroître la sécurité des approvisionnements et la libéralisation du marché », ont-ils ajouté.
Les dirigeants de ces neuf pays jugent donc « indispensable » que tous les aspects juridiques du projet Nord-Stream-2 soient examinés « avec soin » pour s'assurer que le 3ème paquet législatif pour la libéralisation du marché intérieur de l'énergie, mais aussi les règles de l'UE en matière de protection environnementale, d'aides d'État et de marchés publics, « s'appliquent » à Nord Stream-2.
« Nous appelons de ce fait la Commission à entreprendre une action pour appliquer rigoureusement son rôle de gardienne des traités et évaluer la conformité du projet Nord Stream-2 à l'égard des objectifs de politique énergétique de l'UE et sa compatibilité à l'égard du droit de l'UE » comme l'a souligné le Conseil européen dans ses conclusions de décembre 2015 (EUROPE 11457), concluent-ils.
Depuis l'annonce, en septembre 2015, du pacte d'actionnaires entre le gazier russe Gazprom et cinq groupes énergétiques d'Europe occidentale (les allemands BASF et E.ON, le français Engie, l'autrichien OMV et l'anglo-néerlandais Shell) pour sa construction, le projet de gazoduc Nord Stream-2, qui vise à doubler les capacités du gazoduc Nord Stream (reliant depuis 2012 la Russie à l'Allemagne sous la mer Baltique), suscite une levée de boucliers des pays d'Europe centrale et orientale. (Emmanuel Hagry)