Bruxelles, 10/03/2016 (Agence Europe) - La BCE a dévoilé, jeudi 10 mars, de nouvelles mesures complémentaires de politique monétaire visant à faciliter l'accès et les conditions de financement des acteurs économiques. Agréablement surpris, les marchés ont immédiatement bondi et l'euro a baissé face au dollar.
« Ce paquet exhaustif de mesures exploitera les synergies entre les différents instruments et a été calibré de manière à faciliter davantage les conditions de financement, stimuler l'octroi de crédit et, de cette manière, renforcer l'élan de la reprise économique en zone euro et accélérer le retour de l'inflation à des niveaux proches mais inférieurs à 2% », a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi.
L'adoption de ces mesures n'a pas été prise à l'unanimité, même si le gouverneur de la Bundesbank n'a pas voté en raison du système de rotation en place au sein du Conseil des gouverneurs. Il n'empêche, cette initiative démontre notre « volonté d'agir », a estimé M. Draghi.
L'institution européenne a, tout d'abord, modifié à la baisse ses taux directeurs avec effet au 16 mars. Le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement a été ramené de 0,05% à 0,00%. Le taux de prêt marginal est passé de 0,3% à 0,25% et celui de la facilité de dépôt a été diminué de -0,3% à -0,4%. « Les taux demeureront bas pour une longue période, bien au-delà » de notre opération de rachats de titres (QE pour 'quantitative easing'), a indiqué M. Draghi. L'opération QE est censée s'achever au plus tôt en mars 2017. Pour autant, n'anticipez pas que nous allons réduire à nouveau les taux à l'avenir, même si de nouvelles données peuvent nous conduire à revoir notre position, a prévenu M. Draghi.
La BCE a également décidé d'étendre, à partir d'avril, son programme 'quantitative easing' de rachat de titres principalement publics de 60 à 80 milliards d'euros par mois. Toujours concernant le QE, elle a augmenté de 33% à 50% la limite de rachat de titres d'organisations internationales et de banques multilatérales de développement qu'elle pourrait détenir. En outre, les titres émis par des entreprises non bancaires et les mieux notés par les agences de notation seront inclus dans l'opération QE à partir du 3ème trimestre 2016. « Cette décision renforcera la transmission de notre opération de rachats d'actifs aux conditions de financement de l'économie réelle », a estimé l'ancien gouverneur de Banca Italia. Au 4 mars 2016, la BCE avait racheté plus de 600 milliards d'euros de titres au titre du 'quantitative easing'.
Enfin, convaincu par le succès d'une première expérience qui visait à éviter l'assèchement en liquidités bancaires (EUROPE 11148), l'Institut de Francfort a décidé de lancer une nouvelle opération ciblée de refinancement à long terme ('TLTRO II'). Cette opération se déroulera en quatre temps (guichet ouvert tous les trois mois à partir de juin) et elle permettra aux banques de se refinancer auprès de la BCE à moindre coût à travers l'emprunt de titres à maturité longue de quatre ans. L'opération apportera aux banques « de la certitude en matière de refinancement, à un prix attractif et dans un environnement marqué par une incertitude croissante et par l'arrivée à échéance, à grande échelle, d'obligations d'entreprises », a indiqué M. Draghi, pour qui la croissance du crédit demeure « trop basse » en Europe. Ciblée, l'opération 'TLTRO II' permettra à la BCE d'octroyer plus de crédits bon marché aux banques qui prêtent plus à l'économie.
Ces décisions ont été prises sur la base de nouvelles prévisions économiques disponibles. D'après la BCE, la croissance dans la zone euro sera un peu plus faible qu'envisagé en décembre 2015: + 1,4% en 2016, + 1,7% en 2017 et + 1,8% en 2018. M. Draghi a fait état de risques majoritairement baissiers parmi lesquels les incertitudes pesant sur l'économie mondiale. En matière d'inflation, la BCE a également revu à la baisse ses prévisions antérieures afin de refléter la faiblesse persistante du pétrole. L'inflation devrait atteindre 0,1% en 2016, 1,3% en 2017 et 1,6% en 2018. (Mathieu Bion)