Bruxelles, 10/03/2016 (Agence Europe) - Les eurodéputés ont été nombreux, jeudi 10 mars à Strasbourg, à tirer la sonnette d'alarme à propos de la situation gravissime que connaissent les producteurs de porcs.
La plupart des députés ont demandé à la Commission européenne de prendre des mesures pour gérer le marché ou réduire la production. Certains ont déploré l'absence du commissaire à l'Agriculture, Phil Hogan, lors de ce débat organisé sur la base d'une question orale de Czeslsaw Adam Siekierski (PPE, polonais), au nom de la commission de l'agriculture et du développement rural du PE.
M. Siekierski a rappelé que l''interdiction qui continue de frapper en Russie les importations de produits alimentaires de l'UE prive les éleveurs porcins européens de leur plus grand débouché. De graves difficultés assaillent dès lors le secteur de la viande porcine, dont les prix connaissent une forte pression à la baisse, bien supérieure aux variations cycliques habituelles. Il a estimé que le régime d'aide au stockage privé, à présent coupé, « n'avait pas suffi à stabiliser les prix et à redresser le marché ». Il a demandé à la Commission d'évaluer les conséquences sur le marché des produits qui reviendront sur le marché après déstockage.
Pour le commissaire Hahn, le secteur est dans une situation « très tendue » à cause d'une hausse de la production durant ces deux dernières années et de l'embargo russe. En janvier 2016, 90 000 tonnes de viande porcine ont été stockées (coût: 27,6 millions d'euros). « Notre filet de sécurité a fonctionné puisque les revenus des éleveurs ont été stabilisés », a-t-il relevé. Cette affirmation a provoqué l'ire de certains députés. « Nous suivons la situation et nous prendrons des mesures le cas échéant », a prmis M. Hahn.
« L'agriculture vit des temps difficiles », a martelé Daniel Buda (PPE, roumain). Produire un kilo de viande de porc coûte 1,25 euro et il est vendu 0,78 euro, « c'est une situation intolérable », a-t-il lancé. Le stockage privé n'est pas suffisant, à ses yeux, pour stabiliser les prix. En France et en Roumanie, il n'y a pas assez d'espace pour stocker la viande porcine, a-t-il expliqué. Et M. Buda de demander de nouveaux mécanismes d'aides pour ce secteur. Il a appelé la Commission à revoir sa position sur le porc roumain (interdiction de vente dans les autres pays de l'UE), « car il n'y a plus de cas de peste porcine classique ». Eric Andrieu (S&D, français) a rappelé les suicides en France d'agriculteurs et précisé que 30% des éleveurs de porc sont en situation de crise (et 10% ont fait faillite). Il a plaidé pour la régulation: - mesures exceptionnelles de réduction de la production, comme l'abattage des truies et la diminution du poids des carcasses (3 kilos de moins par carcasse réglerait le problème de la surproduction, selon lui) ; - réouverture de l'aide au stockage privé en adoptant la liste des produits stockables pouvant être vendus à l'exportation ; - l'étiquetage sur l'origine des produits transformés. « Le marché russe doit être rouvert », a dit Jan Huitema (ADLE, néerlandais), qui, lui, est opposé aux mesures de gestion des marchés. Il a prôné la conquête de nouveaux marchés (dont le Japon). Miguel Viegas (GUE/NGL, portugais) a dénoncé une PAC « déréglementée ». Le Portugal importe 40% de la consommation de viande porcine, et les prix sont intenables, a-t-il souligné. Les prix ont chuté de 15% par rapport à 2015, a dit Bronis Rope (Verts/ALE, lituanien), qui a fustigé la concurrence déloyale de la part de pays qui ne respectent pas les mêmes règles de l'UE en matière de bien-être des animaux. (Lionel Changeur)