Bruxelles, 23/02/2016 (Agence Europe) - Les Européens se sont montrés prudents, lundi 22 et mardi 23 février, à l'annonce, par les États-Unis et la Russie, d'un cessez-le-feu en Syrie qui prendra effet samedi 27 février à 0h00, heure de Damas (23h00 à Bruxelles), à l'exception de la lutte contre les organisations terroristes.
« Avant de saluer le cessez-le-feu, il est important de faire en sorte qu'il se produise », a souligné la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, lors d'une audition en commission des affaires étrangères du Parlement européen, mardi 23 février. Ainsi, si Mme Mogherini a précisé que l'annonce était, « bien sûr, une très bonne nouvelle », dans un communiqué, elle a expliqué qu' « il était maintenant crucial de travailler sur la mise en oeuvre concrète des modalités » et que cela devait s'appliquer à toutes les parties actuellement engagées dans des hostilités militaires ou paramilitaires autres que les groupes désignés comme organisations terroristes par le Conseil de sécurité des Nations unies. « Après 5 années de conflit, nous lançons un appel à tous de ne pas perdre cette occasion de mettre un terme à la guerre en Syrie et d'unir leurs forces pour lutter contre Daech », a ajouté Mme Mogherini. Au Parlement, la Haute Représentante a précisé que le travail de l'UE était d'exercer des pressions pour que les acteurs impliqués en Syrie acceptent les modalités de la cessation des hostilités et les mettent en oeuvre. Elle a aussi rappelé que le cessez-le-feu, comme l'acheminement de l'aide humanitaire, pourrait permettre une reprise des négociations politiques intra-syriennes « crédibles ».
Plusieurs ministres des Affaires étrangères ont aussi fait preuve de prudence à l'annonce de l'accord. « Il y a urgence à ce que le cessez-le-feu soit mis en oeuvre, nous serons très vigilants sur sa mise en oeuvre de bonne foi par toutes les parties concernées », a expliqué le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, précisant que Paris était en train d'examiner le détail de l'accord. « La France a constamment appelé à la fin des bombardements. D'abord pour éviter de nouveaux massacres de civils, ensuite pour faciliter l'accès de l'aide humanitaire, enfin parce que c'est une condition nécessaire à la reprise des négociations sur la transition politique », a-t-il ajouté.
Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a jugé que le cessez-le-feu serait « un succès urgent et une véritable lueur d'espoir pour les Syriens » et que « la persévérance diplomatique, la ténacité et la négociation patiente ont finalement payé ». « Les parties au conflit en Syrie qui ne veulent pas respecter le cessez-le-feu à partir de vendredi soir doivent s'attendre à une réponse ferme de la communauté internationale », a-t-il prévenu.
Tout en saluant l'accord, leur homologue britannique, Philip Hammond, a estimé que le cessez-le-feu « ne réussira que s'il y a un changement majeur de comportement par le régime syrien et ses soutiens. La Russie, en particulier, doit honorer cet accord en mettant fin à ses attaques contre les civils syriens et les groupes de l'opposition modérée et en usant de son influence pour assurer que le régime syrien fasse la même chose », a-t-il expliqué dans un communiqué, appelant Moscou à montrer sa bonne volonté en ne ciblant que les organisations terroristes. « C'est le moment pour une action, pas pour des mots », a ajouté M. Hammond.
Le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé que son pays ferait le nécessaire pour que le régime syrien respecte l'accord de cessation des hostilités, appelant les États-Unis à faire de même avec ses alliés et les groupes qu'ils soutiennent. « Une vraie chance de mettre fin à des années de sang et de violence émerge enfin », a-t-il souligné dans une allocution télévisée. À peine l'accord annoncé, le Haut comité des négociations, qui rassemble des groupes clés de l'opposition syrienne, a fait savoir que son engagement à respecter le cessez-le-feu était conditionné à la levée des sièges des villes syriennes, la libération des prisonniers, l'arrêt des bombardements des civils et la livraison d'aide humanitaire. Le régime syrien a accepté le cessez-le-feu, précisant qu'il poursuivrait des opérations militaires « pour lutter contre le terrorisme de Daech, le Front Al-Nosra et les autres groupes terroristes qui leur sont liés, conformément à l'annonce russo-américaine ». Il a précisé qu'il était prêt à se coordonner avec la Russie pour déterminer quelles sont les régions et les groupes armés qui feront l'objet du cessez-le-feu. Bachar el-Assad a aussi annoncé la tenue d'élections législatives le 13 avril. (Camille-Cerise Gessant)