Bruxelles, 10/02/2016 (Agence Europe) - Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a qualifié, mercredi 10 février, d' « hypocrites » les appels à ouvrir la frontière entre la Turquie et la Syrie. Les Européens ont appelé depuis plusieurs jours Ankara à ouvrir cette frontière (EUROPE 11485), alors que des dizaines de milliers de Syriens s'y massent, fuyant l'offensive sur Alep du régime soutenu par la Russie.
« Je trouve que c'est hypocrite que certains disent à la Turquie 'ouvrez vos frontières' alors que parallèlement, ils ne disent pas à la Russie qu''assez, c'est assez' », a-t-il souligné, lors d'une visite aux Pays-Bas pour rencontrer le Premier ministre, Mark Rutte, dont le pays est actuellement à la Présidence du Conseil de l'UE. « Nous laisserons entrer les Syriens qui souhaitent venir, mais notre priorité est de bâtir un nouveau camp afin d'accueillir des Syriens sur le territoire syrien », a expliqué le Premier ministre turc.
M. Rutte a appelé toutes les parties, dont la Russie, à respecter la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée à l'unanimité, qui réclame, entre autres, un cessez-le-feu et un accès humanitaire aux villes syriennes assiégées. « Les attaques aériennes russes dans le nord de la Syrie semblent être en contradiction » avec cette résolution, a-t-il ajouté.
En parallèle, à Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dénoncé une nouvelle fois l'attitude russe. « En plus des brutalités du régime, il a une complicité de la part de la Russie et de l'Iran », a-t-il expliqué à l'Assemblée nationale, exigeant la cessation des bombardements et un cessez-le-feu. « Il y a un certain nombre d'ambigüité de la part de toute une série de partenaires », a-t-il aussi jugé, sans les nommer. Pus tôt dans la journée, il avait cependant, lors d'une rencontre avec la presse, considéré qu'il y avait « des ambiguïtés (...) y compris dans les acteurs de la coalition ». « Je ne vais pas redire ce que j'ai souvent dit, en particulier sur le principal pilote de la coalition (les États-Unis), et d'autres aussi. Mais on n'a pas le sentiment que ce soit un engagement très fort », avait-il critiqué, ajoutant que les Russes et les Iraniens avaient compris cela. Paris trouve Washington trop conciliant avec Moscou.
Par ailleurs, le Groupe international de soutien à la Syrie se réunit ce jeudi 11 février à Munich. (Camille-Cerise Gessant)