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Bulletin Quotidien Europe N° 11487
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) kosovo

Les Kosovars veulent le départ d'EULEX

Pristina/Bruxelles, 10/02/2016 (Agence Europe) - Plusieurs hauts représentants du Kosovo ont affirmé à EUROPE, début février, qu'ils souhaitaient que la mission de l'UE sur l'État de droit au Kosovo (EULEX) cesse.

Le mandat de la mission viendra à échéance en juin 2016 et est actuellement en discussion entre les États membres de l'UE.

Rencontré par un petit nombre de journalistes, dont EUROPE, à Pristina, le ministre kosovar pour l'Intégration européenne, Bekim Collaku, ne voit pas pour la mission un « avenir prévisible au Kosovo pour très longtemps », alors qu'elle est sur place depuis déjà 8 ans. « L'UE doit continuer à nous aider d'une autre façon. De cette façon (avec EULEX, ndlr), nous n'avons aucun résultat tangible », a jugé la présidente de la commission pour l'intégration européenne du Parlement kosovar, Teuta Sahatqija. « Nous avons besoin que l'UE soit là (…) qu'elle aide notre propre système judiciaire à être plus efficace », a-t-elle ajouté, précisant que le pays devait faire son travail. Rappelant que les Européens avaient fait venir des juges européens et ouvert la porte à la lutte contre la corruption, la députée kosovare a expliqué qu'ils étaient « devenus ceux qui ne faisaient pas leur travail ». Elle a accusé la mission des Nations Unies UNMIC et EULEX d'avoir importé de la corruption.

Des accusations de corruption envers trois responsables de la mission censée lutter contre la corruption (EUROPE 11194), tout comme la mauvaise gestion par EULEX de ces accusations (EUROPE 11295), ont beaucoup terni son image. Mais il n'y a pas que les affaires de corruption qui ternissent l'image de la mission. Un haut fonctionnaire kosovar a décrit ses membres comme des hommes en costume qui roulent dans de grosses voitures et aiment trainer dans les bars et les grands restaurants de Pristina. Il a jugé que le Kosovo devait s'occuper de ses problèmes et qu'EULEX n'avait pas fait grand-chose.

« EULEX n'est pas responsable pour la lutte anti-corruption, c'est aux institutions kosovares » de le faire, a souligné le directeur de l'agence anti-corruption kosovare, Hasan Preteni. « EULEX est là pour nous aider, sur une base provisoire, et pas pour faire le travail pour nous », a-t-il ajouté. Il a précisé que son agence avait une bonne coopération avec EULEX, qu'elle discutait avec la mission, prenait en compte son opinion, mais qu'elle n'avait pas de relations plus profondes avec elle. « EULEX a été utile avant. Maintenant nous avons besoin de soutien, que des experts travaillent étroitement avec nous, mais c'est à nous de faire le travail », a-t-il ajouté.

Une corruption toujours importante

Si le ministre de l'Intégration s'est dit « totalement en désaccord » avec la perception de la corruption au Kosovo, qui « ne correspond pas à la réalité sur le terrain », jugeant le problème « exagéré », selon le directeur de l'agence anti-corruption kosovare, il y a un réel problème dans le pays. La corruption au Kosovo ne touche pas les citoyens au quotidien - il n'y a par exemple pas de corruption dans les services de santé ou de police - mais celle-ci porte sur l'attribution des marchés publics, a expliqué M. Preteni. Il a rappelé que 50% du budget kosovar partait dans les marchés publics. Depuis 2007, l'agence a enquêté sur un peu plus de 1 400 personnes, dont cinq anciens vice-premiers ministres, des maires ou encore des juges et des procureurs. M. Preteni a aussi expliqué que le système judiciaire ne fonctionnait pas et que des lois qui devraient être amendées ne le sont toujours pas. Il a cité en exemple celle sur le conflit d'intérêt, qui fait la navette entre le gouvernement et le Parlement depuis 2013.

L'UE consciente de la nécessité de modifier le mandat d'EULEX

Interrogée par Europe, une source européenne a précisé qu'une révision stratégique était en cours au Conseil sur le mandat d'EULEX, mandat en cours jusqu'à mi-juin. Ainsi, le Service européen pour l'action extérieure et les États membres examinent ce qui a été mis en oeuvre. « Le mandat n'est pas rempli, il y a toujours des points ouverts où l'on doit faire plus. On ne peut pas juste continuer avec une prolongation », a expliqué cette source, ajoutant qu'il était « assez probable » qu'il y ait des changements importants dans le mandat de la mission et dans son format. C'est l'aspect 'État de droit' de la mission d'EULEX qui pose question. La révision du mandat fait aussi partie des recommandations faites par Jean-Paul Jacqué, à qui la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité avait demandé d'examiner la mise en oeuvre du mandat de la mission EULEX Kosovo « en mettant l'accent sur le traitement des allégations de corruption ». La mission a cependant publié plus de 600 verdicts dans les affaires pénales dont 400 dans des affaires de corruption, de crime organisé, de blanchiment d'argent et de trafic d'êtres humains. L'aspect 'aide à la mise en oeuvre du dialogue Serbie/Kosovo' est, lui, jugé efficace. (Camille-Cerise Gessant)

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